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Novembre 2017

ECOLOGIE ET SCATOLOGIE                   SCATO – ECOLOGIE

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Il est bien connu que c’est dans les lieux d’aisance, pudiquement nommés pas les anglophones watercloset ou WC, que tous sphincters béants, souvent émerge de nos cerveaux encore endormis l’inspiration.
Certains des plus beaux poèmes ont été imaginés dans ces lieux.

L’un de nos fidèles lecteurs, assis sur le trône et regardant le distributeur de papier de toilettes nous a fait parvenir les réflexions suivantes :

S’il est un accessoire d’apparence insignifiante que nous utilisons journellement, toutes classes sociales confondues, c’est bien le papier de toilettes.
Selon les statistiques en cours, six coupons suffisent généralement à éliminer les traces d’un transit intestinal réussi. On pourrait stopper l’analyse ici, ce serait trop facile !

Un peu de mathématiques sont maintenant nécessaires pour parachever la démonstration.
Un coupon de papier toilettes mesure 14 cm de longueur, (nous l’avons mesuré) multiplié par 110000 sujets habitants de La Tour de Peilz , cela fait plus de 1500 km de papier ! Soit plus que la distance de La tour à Rome ! 1500 km de papier envoyés chaque jour dans les égouts en direction d’une station d’épuration. Pour la durée d’un mois, 46000 km de ce papier sera noyé par les chasses d’eau soit presque deux fois le tour de la terre. Seulement pour les contribuables de notre ville… Nous n’avons pas tenu compte dans ce bilan des personnes qui se mouchent avec le même papier ou ceux qui absorbent la goutte indésirable… Ou encore les gaspilleurs !

D’immenses rayons des magasins en proposent dans un choix pantagruélique : Des blancs 3 couches, d’autres décorés de jolies fleurs, d’autres encore aux couleurs du printemps ou certains imprimés de l’image du dollar…
Il y a des sujets plus importants sur la terre diront certains… Par exemple la déforestation… Ah ! Oui… Vraiment ?

Octobre 2017

Alors Nicéphore !

 

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Le monde de la technique a compté au cours des décennies nombre d’inventeurs géniaux : De la roue à l’ampoule électrique ou encore la TSF et Mac Donald, un de ces génies fut l’inventeur de la photographie : Nicéphore Niepce. Cet ingénieur français réussit, force expérimentations à faire agir la lumière sur une plaque de verre tapissée d’halogénures d’argent. Ce récepteur miraculeux, disposé à l’arrière d’une boîte de bois et par un effet d’optique convergent révélait une image renversée de l’objet visé par le photographe. La photographie était ainsi inventée.

Evidemment la photographie d’alors était d’une qualité plus que médiocre, images floues, sans contrastes mais pour la première fois on avait réussi à matérialiser et figer le paysage regardé.

L’homme est ainsi fait qu’il n’est jamais content de ce qu’il a inventé pour très rapidement avoir le désir de l’améliorer… La photographie n’échappa pas à ce travers, la précision des images s’améliora sensiblement pour devenir nette et de bonne qualité. Malheureusement le support en verre n’était pas pratique. Georges Eastman eut l’idée de le remplacer par une membrane de plastique recouverte de sels d’argent sensibles à la lumière et fournissant un négatif en bobine. Le film d’aujourd’hui (presque d’hier) était né, il devenait particulièrement pratique à utiliser et subsiste encore maintenant pour certaines utilisations spécifiques.

Que restait-il à inventer pour parfaire ce film ? La couleur, bien évidemment ! Nos yeux véhiculant jusqu’au cerveau des images colorées, il n’en fallait pas plus pour que les films photographiques fissent de même.

La firme Kodak, alors à la pointe du sujet, proposa un film dont les couleurs étaient saturées, plaisant aux photographes en herbe et de qualité tout à fait suffisante pour un usage amateur. Toute invention recèle généralement d’aucuns défauts, celle dont il est question ici obligeait l’utilisateur à attendre que la bobine soit terminée pour la faire développer révélant souvent des photos juste bonnes à être jetées ceci entrainant ipso facto des frais peu souhaitables.

La dite firme Kodak qui amassait une fortune à la fois dans la vente des films et de leur développement fit la sourde oreille lorsqu’il fut question de révolutionner intégralement la photographie.

Ses directeurs largement rétribués pour la gestion de l’entreprise n’eurent pas l’intelligence de se projeter dans un avenir pourtant prévisible, celui du numérique.

Ce procédé d’avant garde avait pour postulat de supprimer tout simplement le support plastique pour le remplacer par un récepteur numérique. Plus de support solide donc plus de développement  et des images instantanément visibles !

Bien sûr les mêmes directeurs assistèrent aux balbutiements de ce nouveau système qui, il faut bien le dire était loin de la perfection. Les nouvelles images obtenues n’enchantaient pas les esthètes. De plus, la qualité des appareils était très éloignée des bijoux de la photo argentique.

Or comme il était naturel de l’imaginer, le système, après les quelques maladies de jeunesse, ne cessa de perfectionner ses algorithmes pour en arriver aujourd’hui à une qualité incontestablement quasi parfaite. Les appareils photos numériques remplacèrent bientôt tous les autres devenus obsolètes.

C’est un petit engin d’apparence banale qui fit alors exploser le monde de la photo. Un appareil bizarre ? Oui ! Un téléphone. Pour ceux qui pensaient jusqu’ici qu’un téléphone était fait pour téléphoner se trompaient lourdement.

Bien sûr, à l’occasion l’on peut téléphoner avec cet écran numérique mais oh ! Subtilité suprême, ses inventeurs lui ont ajouté un appareil de photo !

Là, comme pour toutes les nouveautés, la qualité des images reçues n’était pas franchement parfaite mais il suffisait d’attendre. On a attendu et maintenant les images issues de ces appareils sont très satisfaisantes, peut être pas encore au niveau de celles d’une vraie caméra mais pour la majorité des photos prises, elles sont largement suffisantes.

Ainsi s’était ouverte à nous la grande avenue de la photo populaire. Tous et toutes pouvaient désormais s’essayer à l’art de la photo. Bien sûr le résultat fut assez lamentable mais qu’importe ! On pouvait photographier les couchers de soleil, le chat de la voisine ou encore l’assiette de pâtes carbonara partagée avec des amis. C’est dire que la photo était devenue un nouveau mode de vie et de pseudo communication.

On aurait pu enfin en rester là mais de fins psychologues spécialistes des bas instincts de l’humain ont planché sur un postulat ambitieux : L’homme est fondamentalement narcissique, profitons-en. Alors regorgeant d’une subtilité primaire ils se dirent :

Et si, au lieu de photographier des sujets aussi inintéressants que stupides, on incitait le chaland à se photographier lui-même. L’installation d’un deuxième objectif au revers du téléphone ne se fit pas attendre et nous voici maintenant capables de photographier le sujet le plus passionnant : Nous ! De face, de profil, devant un troupeau de vaches, avachis dans le fauteuil de la télé ou trônant au côté de l’artiste à la mode, ce que l’on appelle aujourd’hui selfie remplit d’auto satisfaction les narcisses de la photo.

Aujourd’hui cette invention couplée à un téléphone portable est un phénomène quasi universel. La qualité et l’intérêt de ces photos sont quasi inexistants mais le plaisir de consulter les 500 photos de son téléphone enrichies de sa propre personne est jouissif… idiot mais jouissif !

On peut aussi se souvenir d’un directeur de Kodak aujourd’hui au chômage, qui jadis affirmait :

Nos clients n’ont aucune disposition pour la photo mais il leur suffit de se voir avec des couleurs saturées et un ensemble à peine net et ils sont contents. Ils pourront lors d’un dîner avec des amis leur faire subir le lot de photos stockées sur leur téléphone : Tu vois ! Là c’était à la plage… Là on a bien mangé… ma nouvelle robe ou encore le mec qui passe dans sa belle auto.

Assis sur un banc devant un majestueux coucher de soleil, ils pourront se concentrer sur leur écran pour dire à un pote le magnifique coucher de soleil. Si l’on ajoute au tableau la même personne qui fume une cigarette et tient dans la main une canette de bière, vous aurez le grand schlem de l’addiction.

 

Alors, Nicéphore ! Que penses-tu de l’évolution de ton invention ?

 

 

 

Septembre 2017

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Le pêcheur et le chat

 

Parfois, je le regrette mais j’avoue nettement préférer les individus de tendance contemplative aux sportifs bardés d’ambitions pugnaces.

Les pêcheurs qui font partie de la première catégorie me fascinent. Qu’un individu dans notre monde d’activités épileptiques soit capable de s’asseoir sur une pierre face à l’infini lacustre dans le prolongement d’une canne à pêche, immobile comme fondu dans le paysage, des heures durant…

L’autre jour, déambulant le long de mon lac préféré, j’avise l’un de ces contemplatifs. Si mon regard ne s’était attardé, je n’aurais rien à raconter ici. Par bonheur mon attention fut attirée par un élément insolite de ce tableau bucolique. Juste à côté du pêcheur, assis sur une pierre plate, la mine concentrée entre des moustaches tendues comme des antennes, un chat suivait consciencieusement les mouvements du bouchon flottant sur l’onde tranquille.

– Excusez-moi, monsieur l’amateur de poissons, votre chat est-il myope pour espérer capturer une souris au bout de votre ligne ?

– Ce n’est pas mon chat et je déteste le poisson, mais si vous n’avez rien de mieux à faire, je vous propose d’attendre un peu, vous ne le regretterez pas.

Mon esprit aventurier me fit prendre place sur un caillou voisin. Je n’attendis pas longtemps. Subitement, le bouchon et la queue du félin se mirent à frétiller de concert… il allait se passer quelque chose, je le sentais.

Le geste net et précis du spécialiste, tendit la canne vers l’arrière, sortant de l’eau une jolie perchette, les écailles luisantes d’irisations féeriques. La scène touchait au sublime, trois paires d’yeux convergeaient sur le petit poisson qui rapidement fut maîtrisé par une main experte. Le pêcheur alors se tourna vers son ami tigré et s’adressant à lui :

– Ah ! Tu le voudrais bien, ce beau poisson, et bien il faut le mériter !

Alors le félin entama une étrange danse, véritable rituel initiatique, il se contorsionna, pivota imprimant à sa tête un balancement étrange, tout ceci autour de son repas, tenu fermement par la queue au dessus de sa tête.

Quelques minutes plus tard, jugeant probablement que la démonstration était concluante, le pêcheur présenta l’offrande à Mistigri qui la dégusta avec délectation.

Quelques jours plus tard, me promenant derechef dans les mêmes parages, j’avisai une vieille dame marchant sur le trottoir, suivie de près par un chat. La ressemblance avec le poisson-chat de mon histoire me poussa à questionner la dame.

Contente de pouvoir parler un peu, elle m’expliqua que chaque matin, l’ami félin quittait son confortable panier pour aller, elle ne savait où, mais une chose était sûre, à son retour, jamais il ne touchait à la pâtée pourtant succulente qu’elle lui préparait journellement.

– Regardez-le ! Son poil est luisant, il n’a pas l’ai affamé, n’est-il pas vrai ? Je ne comprends pas…

Le chat me regarda et sourit d’un air entendu, je compris que nous étions complices d’un secret qui devait rester entre nous.

Au revoir, Madame, votre chat est très joli, on voit qu’il est bien soigné.

 

 

Août 2017

 

La feuille et la pâquerette

 Ohé ! Ohé, la pâquerette… Regarde !
Non pas là… plus haut… regarde plus haut…encore plus haut…me vois-tu ?

Me vois-tu, maintenant ? Non ? Regarde bien… encore plus haut… vois-tu le peuplier juste à côté de toi ? Eh bien, tu n’as qu’à suivre le tronc, tu montes, montes encore… là, au sommet de l’arbre, la dernière feuille, regarde… je vais frétiller pour que tu me reconnaisses… Ah, finalement ! Tu me vois…

Evidemment, toi, si petite, tout en bas, sur le sol, tu n’as pas eu de chance de pousser si bas, les gens te piétinent, les chiens te font pipi dessus, tu n’as pas de vue, pas de soleil…

Tandis que moi, tout là-haut, rien ne peut m’arriver, personne pour m’abîmer, je vois tout, le soleil m’inonde, l’air est pur.

Et ces petits pétales blancs ridicules, à quoi peuvent-ils bien te servir ?

Dommage que tu ne puisses pas venir vers moi, tu pourrais ainsi mieux te rendre compte de la chance que j’ai, la chance d’être au sommet…

L’été ainsi déroula son tapis de soleil et de vent chaud, la feuille toujours aussi hautement perchée sur l’arbre, la pâquerette désespérément cotoyant les bassesses de la terre.

Mais comme le retour des hirondelles, l’automne se mit à bousculer les roses et jaunir les arbres. La feuille au sommet du chêne se vit changer de couleur et même commencer à se flétrir. Puis au coups forcés d’une vaudaire décoiffante, la feuille fut détachée de sa tige pour tomber comme la feuille au vent vers ce sol qu’elle avait jadis tant décrié.

Désespérée de n’être plus qu’une feuille quasi morte, elle se retourna et se trouva feuille à feuille avec la pâquerette.

  • Bonjour ! Dis la fleur au nombreux pétales blancs. Toi qui étais juchée tout en haut de l’arbre, que fais-tu ici au ras des pâquerettes ?
  • Je ne sais pas répondit la feuille, tout allait bien, j’étais verte et pleine de sève puis avec le vent et les froides nuits. j’ei commencé à jaunir pour, lors d’un coup de vent , me retrouver tout en bas, juste à côté de toi.

Mais toi, tu es restée comme à l’été, toujours aussi blanche et belle, quelle injustice ! Comment as-tu fait ?
Je ne sais pas moi non plus.

Vint à passer un couple d’amoureux, ils s’assirent sur le gazon et une envie irrépressible les prit de mesurer leur amour.

Cueillant délicatement la pâquerette, la demoiselle en détacha doucement les pétales, l’un après l’autre, je t’aime, un peu, beaucoup… jugeant que la preuve était faite, elle s’arrêta juste avant passionnément.

Alors, ce qu’il restait de la pâquerette fut épinglé avec amour sur le revers de la jolie blouse de la demoiselle amoureuse.

La feuille alors les regarda partir lorsequ’un homme habillé de vert la poussa de son large balai vers un amas de ses semblables.

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle comme le chantait un certain et sous le tas de ces feuilles se trouvent des pâquerettes, encore prêtes à offrir leur fraîcheur aux passants amoureux.

 

 

juin 2017

Le maçon de bonne famille

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Roger est fils de famille bourgeoise, ni plus ni moins intellectuelle que le commun des mortels de la région.
Il se trouve que Roger démontra des dispositions certaines pour une scolarité qu’il effectua sans anicroche. Non pas qu’il fut un surdoué mais il était tout simplement un sujet intelligent et bien adapté à nos institutions de culture obligatoire, un bon élève comme on dit.

Les bancs d’écoles défilèrent sous ses fesses, usant moult pantalons et cultivant année après année son esprit bien disposé aux nourritures intellectuelles.
L’école primaire achevée, il fut alors question de destiner L’enfant à de plus hautes études susceptibles de le conduire à un statut social promotionnel, il en était parfaitement capable.

L’histoire pourrait se dérouler encore longtemps sans grand intérêt si un élément subversif ne vint entacher l’avenir de notre doué et de l’ histoire.
Au moment donc d’opérer un choix de carrière, au moment où la famille s’apprêtait à délibérer de l’avenir prestigieux de son descendant doué, Roger rassemblant tout son courage annonça qu’après mûre réflexion il n’était plus question pour lui de poursuivre les études dont la voie semblait toute tracée. Il ajouta que depuis de nombreuses années déjà, il nourrissait un secret désir qui ne l’avait jamais quitté et qui n’allait probablement pas coïncider avec les ambitions parentales.

  • Je veux devenir maçon !
  • Maçon ? Avec truelle et  brouette ?
  • Oui ! Je serai maçon.

Le séisme provoqué par la révélation ne se fit pas attendre, l’on s’assura tout de même que l’enfant ne venait pas de tout simplement lancer un test provocateur, histoire de mesurer la résistance de ses géniteurs, papa et maman se regardèrent, regardèrent Roger et de conserve levèrent leurs épaules dépitées.

  • Ne penses-tu pas que comptable ou pharmac…
  • Non ! je serai maçon.

C’est alors que Roger expliqua qu’à l’âge d’environ cinq ans, il était tombé en admiration béate devant des machines de chantiers somptueuses, malaxant, tourmentant et transportant le ciment, fondation de nos maisons. Dès ce jour, il avait su qu’un jour, une fois, il deviendrait maçon.

Ainsi c’était aujourd’hui que toutes études prestigieuses cessantes, il allait embrasser le métier de bâtisseur dont il rêvait depuis si longtemps.
Bien que le métier de maçon ait véhiculé d’aucunes connotation pas toujours valorisantes, les parents se résignèrent prononçant du bout des lèvres : il n’y a pas de sot métier, il n’y a que de sottes gens mais disons-le tout net, la pilule ne passait pas aisément.
Une contre-indication émergea tout de même de leurs esprits troublés : Le métier respectable de la maçonnerie est physiquement très dur, il requiert force et endurance, critères auxquels Roger ne répondait pas mais alors pas du tout !
Pas malingre à proprement parler, Roger présentait toutefois une carrure à première vue peu compatible à réaliser les durs travaux du bâtiment. On l’aurait plutôt vu en intellectuel maniant de précieuses plumes réservoirs ou concoctant d’habiles programmes informatiques.
Ils tentèrent discrètement d’avancer ces facteurs susceptibles d’éventuellement infléchir sa volonté, Roger les repoussa aussi sec.
Là, sa décision était sans appel, on envisagerait de donner suite aux ambitions de cet entêté.

Tout métier manuel commençant par un apprentissage, Roger fut inscrit à celui de maçon. Dès ce jour, le jeune garçon s’astreignit à la vie qu’il avait choisi, debout chaque matin à l’aube, après un chocolat chaud préparé par sa mère soucieuse, il enfilait ses vêtements de chantier, disposait dans une musette un pique-nique pour la pose de midi et ce n’est que le soir, après dix heures de travail qu’il rentrait à la maison ou ses parents l’attendaient. Le travail était très pénible, harassant même parfois et plus d’un se serait découragé devant telle tâche.
Roger, lui sans jamais rechigner s’attela à la tâche, souvent l’envie lui venait de pleurer tant il souffrait mais il tint bon.

Deux ans après, il réussit brillamment ses examens qui concrétisaient enfin le bien fondé de sa décision, son rêve d’enfant était réalisé, c’était un grand jour de fierté et qui sait peut être la manifestation d’une revanche, provocation ou simplement le moyen de s’affirmer… Qu’importe en somme les raisons.

Aujourd’hui Roger est un homme heureux et il a de bonnes raison de l’être. Après avoir parfait son éducation professionnelle il dirige une entreprise de maçonnerie. Il est heureux parce qu’il a pu, su, accéder à ses désirs. Les quelques réticences de ses proches se sont évanouies devant le tableau d’un homme responsable de sa vie, c’est peut-être cela être adulte.
Le désormais maçon, chef d’entreprise ne peut qu’être respecté par les ouvriers qu’il dirige car lorsqu’il émet des critiques ou un ordre, il sait de quoi il parle, il n’est pas qu’un patron technocrate, il est aussi maçon. Quel beau métier !

 

MAI 2017

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Dieu et la mondialisation

On sait l’homme dès l’âge de la pierre en constante recherche de domination. Cette suprématie était alors réalisée à la force de ses muscles primitifs. On sait aussi qu’il était prêt à beaucoup pour posséder la caverne la plus luxueuse forçant le respect des troglodytes voisins, plusieurs femmes de la falaise ainsi qu’un grand feu crépitant à ses pieds.

Lorsque devant sa caverne toute tapissée de silex rares, il regardait le feu crépiter, il constata l’espace d’une étincelle que le fagot des petits branchages se consumait en premier, donnant naissance à une couche de cendres, sorte de matelas insignifiant sur lequel les grosses et belles bûches de chêne brûlaient longtemps encore en dégageant des flammes prestigieuses.
L’homme passait ainsi de longues heures à observer son feu sur lequel rôtissait l’aurochs chassé la veille. Il n’en fallait pas plus pour confirmer sa supériorité intellectuelle sur l’animal, l’espace d’une réflexion subtile : le feu ressemble à la société, se dit-il, je serai grosse bûche.

Cette réflexion tombait à point nommé car il ne le savait pas encore mais la race de bipèdes à laquelle il appartenait était propulsée par un moteur d’une puissance encore insoupçonnée : la domination dont le carburant était l’ambition.
Quelques générations plus tard, on fut contraint de constater que cette ambition, sans limites pour certains, générait une grande créativité.
Les souverains de notre société actuelle constatèrent que la réalisation de leurs ambitions prédatrices passait par une épuration, ce qu’Hitler appelait eugénisme, le troglodyte l’avait déjà compris…-

Dans un premier temps, ils s’attelèrent à éliminer tous les petits, entravant leurs carrières ambitieuses. Bien incapables de lutter contre les géants aux dents acérées et aux capitaux sans limites, ces derniers furent facilement ” exécutés “.
Les petits agonisant dans leurs entreprises moribondes, les géants se retrouvèrent en comité restreint, au zénith de leurs réussites. On aurait pu penser que la satisfaction se lirait alors sur leurs fronts dégagés; c’est mal connaître l’homme !
L’omniprésente ambition de ces ogres les contraignit, louchant sur leurs parts de gâteau réciproques, à se livrer une bataille sans merci, entre eux… la bataille menaçait d’être sanglante, elle ne le fut pas.

En effet, après l’extermination des insignifiants, les dictionnaires se prirent à indexer de nouveaux vocables à consonances phagocytaires, l’un des plus intéressants fut la substitution du mot “anéantissement” par quelques euphémismes de bon aloi : fusion, association ou encore absorption.

Les Présidents-Directeurs-Généraux se réunirent autour d’une table, ronde comme la terre, pour entériner des décisions sommes toutes beaucoup plus simples qu’il n’y parait au premier abord. En fusionnant avec leurs frères ennemis, ils devenaient individuellement encore plus riches, donc encore plus puissants, restait à congédier quantité de ces employés incompétents, toujours en vacances, trop payés et jamais contents.
Résultat : Les parts du gâteau agrandies, des soucis de personnel en moins et suprême satisfaction, des moyens de chantage accrus vis à vis de fabricants, paysans ou usiniers désormais à leurs bottes.
L’escalade, il fallait s’y attendre n’en resta pas là.
Les petits anéantis, les grands en nombre décroissant, un rapide coup d’oeil par delà les frontières et les océans confortèrent ces rois de la finance dans une évidence sans appel : Il fallait voir encore plus grand.
La domination poussée à son paroxysme est aujourd’hui enregistrée sous un label très progressiste, que dis-je, une doctrine incontournable : La mondialisation.

Celui qui aujourd’hui, se permet encore d’envisager une collaboration commerciale avec des usiniers européens, est considéré comme le frère de cet autre qui jadis regardait brûler son feu devant la caverne.
Sous couvert d’une compétitivité sans limites, nos hommes d’affaires franchissent désormais les océans sans aucune retenue, il y a toujours un pays ou ce que l’on veut acheter est moins cher, il suffit de le trouver.
Le T-shirt qui fabriqué en Europe coûte 15 francs, ils le trouvent pour 5 francs ailleurs. Bien sûr il est fabriqué par des enfants qui travaillent 15 heures par jour sans salaire dans une cave mais la concurrence ignore les compromis.
Et nous les consommateurs, cautionnons ce principe en achetant sans hésiter une seconde le T-shirt à 5 francs…! Les économies ignorent les compromis.

Le Japon ouvrit la brèche de cette concurrence déloyale par des prix abaissés, les charges sociales étant insignifiantes pour des ouvriers asservis à la cause nationale et trop contents de trouver un travail.
Malheureusement il fallut constater que même les ouvriers de basse souche étaient capables de réfléchir et d’observer, ils exigent aujourd’hui leur dû, plongeant du même coup leur pays dans la précarité qui fut la notre il y a 3o ans.
Nous avons acheté japonais, compromettant ainsi sérieusement nos industries, aujourd’hui, le Japon périclite car nous achetons Thaïwannais, Coréen et surtout chinois.
Voilà ce qu’est la mondialisation. C’est la recherche forcenée du meilleur prix à n’importe quel prix pour que quelques riches deviennent encore plus riches.
Voilà comment notre terre devenue toute petite, recèle un nombre croissant de pauvres inversement proportionnel au nombre décroissant de riches, très riches.
Voilà pourquoi notre Europe s’affaiblit ébranlée par un chômage endémique mais rassurée par de ronflants discours politiciens annonciateurs de la ” relance “.

Mais pourquoi l’homme est-il donc capable de tant détruire pour dominer ? Quelle puissance suprême convoite t-il ?
Celle que la mondialisation lui assigne en l’installant dans un fauteuil au sommet de la pyramide humaine, juste à côté du Dieu aux pieds duquel tous se prosternent…
Ainsi nous pouvons observer ceux des hommes mus par un orgueil débordant, ils sont même cités comme l’exemple à respecter.
La politique leur offre l’occasion d’accéder aux plus hautes marches, le commerce, le sport aussi, la religion, technique séculaire éprouvée, toutes occasions de générer beaucoup d’argent si important pour la domination.
Le ciel, résidence de leur Dieu sera remplacé par une somptueuse villa avec piscine chauffée, les nuages par une Rolls Royce bleu-nuit, les anges par des serviteurs zélés, les églises par un building de 28 étages, la bible par des statuts sans complaisance, et les fidèles, par tous ceux courbés par la crainte du châtiment. Ils seront enfin Dieu, contemplant l’étendue de leur oeuvre, mais comme celui que l’on implore le dimanche avant le repas, ils seront seuls, et j’ose à peine l’espérer, pas fiers du spectacle.

Avril 2017

Nous habitons des lieux dont souvent nous ignorons l’histoire et les recoins. Si vous êtes capables de répondre aux questions ci-dessous, vous méritez d’y habiter … Si vous n’y répondez pas, vous avez tout de même le droit d’y habiter !

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  1. Le château de la Tour-de-Peilz fut racheté par la Commune à Mesdames Dupin et Dunn-Yarker. A quelle date ?
  2. Où se trouve le banc des menteurs ?
  3. Gustave Courbet est-il né ?
  4. Où a-t-il habité ?
  5. Où est-il mort ?
  6. Quel triste événement eut lieu le 31 XII 1877 ?
  7. Qui donna son nom à la Maison Hugonin ?
  8. Qu’évoque pour vous le nom de Lothard ?
  9. Quel habitant célèbre de la Tour-de-Peilz a réalisé la bande dessinée : ” No limits “, destinée à lutter contre la violence chez les jeunes ?
  10. Quel est le nom du bateau à vapeur qui a sombré au large de la Becque à la fin du siècle dernier ?
  11. A quel genre de bateau est associé le nom bien connu de : Piccard ?
  12. Quel écrivain contemporain originaire de la Tour-de-Peilz a écrit ” Le zèbre ” ?
  13. Quelle chanteuse américaine vécu à la Tour de Peilz ?
  14. Ou se trouvait anciennement l’enseigne ornant la façade de la Maison de Commune ?
  15. D’ou provient la tradition de la distribution du pain aux veuves ?
  16. Quel ruisseau dessine la limite entre la Tour-de-Peilz et Vevey ?
  17. Pourquoi nomme-t-on les habitants du lieu : boélands ?
  18. Quel autre sobriquet les désigne ?
  19. Quel surnom désignait Monsieur Grangier, longtemps capitaine du vapeur ” Italie ” ?
  20. Que représente la statue surplombant la fontaine de la Place du Temple ?
  21. Pourquoi la Place du Four s’écrit-elle en deux mots ?
  22. Quel boéland bien connu a le nez dans les étoiles ?

Mars 2017

 

Le loup et le Yorkshire

Dire que tous les toutous crottant nos trottoirs bourgeois sont les descendants du loup, ce prestigieux prédateur des forêts.

Dire que j’observe une mamie à son chien-chien, exhibant au bout de sa laisse extensible sertie de diamants, un prestigieux Yorkshire !

Dire que les oreilles du loup, dressées comme des radars à l’affût du danger ont été remplacées par un petit noeud, rose pour les filles, bleu pour les garçons et laissant jaillir en son centre un toupet de poils retombant comme un petit jet d’eau au jardin des Tuileries.

Dire que les crocs acérés tapissant la gueule du loup et toujours prêts à se planter dans la chair de proies malchanceuses, se sont travesties en dandines du petit pure race ( certificat à l’appui ), qui le soir venu se régalera du petit souper miam miam ronron parfumé au saumon, préparé amoureusement par sa maman.

Dire que les maîtres de la génétique ont réussi ce chef d’oeuvre et de décadence à la satisfaction de tous.

Messieurs les généticiens : Pourquoi, mais pourquoi donc n’avez-vous pas fait de même avec les hommes ? Les rendre intelligents et inoffensifs ? Pourquoi êtes-vous restés de glace devant cet animal humain qui passe son temps à se détruire, s’assassiner ?

Ah ! C’est parce que vous avez craint que nous devenions Pitbull ! Mais ne le sommes-nous pas déjà ?

Je suis pour la manipulation génétique consistant à créer une humanité de Yorkshire.

FéVRIER 2017

OBSEQUEs

C’est jeudi, par un triste jour de grisaille qu’eurent lieu ses obsèques.

La célébration fut empreinte d’une tristesse bien légitime car c’est bien connu, ce sont les meilleurs qui nous quittent. La cérémonie se déroula dans la plus stricte intimité et c’est la dignité qui présida au dernier adieu de l’être cher.
Ceux-là même qu’on pensait aimer et qui nous abandonnent à leur absence sont un peu des traîtres, ce fut ma pensée à cet instant mais avons-nous su réellement les aimer ?

Nous nous étions rencontré il y a une bonne dizaine d’années, c’était dans un magasin de vêtements pour hommes. Parmi des centaines de pantalons de toutes tailles et aux coloris les plus variés, c’est lui que j’avais choisi… Enfin lorsque je dis : choisi, le terme est impropre, comme si l’on choisissait un ami !

Non ! C’est en feuilletant un porte habits que parmi la multitude de pantalons, c’est lui et pas un autre dont ma main se saisit. Etait-il plus beau que les autres ? D’un tissus plus chatoyant, la couleur plus harmonisée à mon teint ? Je ne sais pas, ce que je sais, c’est que ma main se saisit de celui-ci et pas d’un autre.

J’entrepris alors de rejoindre une cabine d’essayage aux fins de m’en revêtir et c’est à l’abri des regards que la main un peu tremblante, je le fis glisser lentement le long de mes jambes, sorte de strip tease à l’envers, recouvrant ainsi la partie inférieure de ma personne.
Immédiatement, je notai qu’il m’allait bien, bonne longueur de jambes, confortable à la taille, pas trop lâche pas trop moulant, bref, nous étions faits pour nous rencontrer et bien nous entendre.
Satisfait de ce préambule, je le retirai précautionneusement et le présentai à la caissière. Lui administrant quelques caresses, à mon avis légèrement déplacées la femme le plia , le tapotant une dernière fois avant de le faire disparaître dans un grand cabas à l’effigie du magasin. Son prix me parut raisonnable, il n’est de trop cher que ce qui ne correspond pas à nos attentes.

Alors, comme l’on protègerait un trésor, serré conte mon flanc, je l’emportai chez moi.

L’amitié a cela de supérieur à l’amour qu’elle ne revêt que peu d’exigences, un ami qui disparaît pendant un mois sans explication reste un ami et le plaisir de le revoir ne dissimule aucun reproche.
Celui que je considérais déjà comme un ami répondait à ces critères, nous ne formulions aucun projet pour un avenir qui ne nous préoccupait pas. Je pressentais que notre liaison serait durable mais le comment et le combien m’étaient indifférents.

Arrivé à mon domicile, je déposais l’objet de ma nouvelle amitié dans un placard, veillant à bien respecter la finesse de sa coupe, le soyeux de son tissage, l’amitié n’existe que dans le respect des plis de l’autre.

Mais… Objecterez-vous un rictus suspicieux au coin des lèvres, est-ce bien raisonnable de compter parmi ses amis un pantalon ?

C’est par un matin d’automne que j’en eus la confirmation.

J’avais décidé ce jour là d’étrenner ma nouvelle rencontre, était-ce un jour particulier, je ne le sais pas mais ce que sais, c’est qu’aujourd’hui serait le jour. Je dépliai alors soigneusement le pantalon et après avoir opté pour une chemise que je jugeai bien harmonisée à sa teinte subtile, je l’arborai.

L’alchimie de l’amitié est mystérieuse, les ondes de sympathie se propagent à grande vitesse, le temps se chargeant de conforter le sentiment premier.

A peine avais-je revêtu le pantalon que je m’y sentis comme si je l’avais toujours porté, pas trop serré à la taille comme pour éviter de me rappeler à ma bedaine naissante, longueur parfaite des canons, deux poches latérales généreuses, deux autres sur les fesses et, important, la petite indispensable, juste à la droite du nombril et réceptacle à petite monnaie.

Un coup d’œil furtif au miroir ajouta aux éléments purement techniques, celui d’une élégance de bon aloi.
Une bouffée de narcissisme primaire me fit oublier un instant qu’un pantalon aussi splendide fut-il, ne peut pas dissimuler tous les défauts de celui qui le porte…
Dûment orné de chaussures neuves, je me présentai alors sur le trottoir de ma rue, persuadé que les passants n’auraient d’yeux que pour ma mise, j’en fus satisfait.
Nous formions à nous deux une paire d’amis qui, j’en étais certain, n’avait que peu à envier à d’aucunes amitiés célèbres…

Le fleuve tranquille du temps qui passe ne fit que souder plus étroitement notre relation. Ne nous quittant presque jamais, nous apprîmes à nous mieux connaître, je pris soin de ses plis et veillais au moment de m’asseoir à remonter les canons pour éviter de froisser mon ami, une lessive idoine le débarrassa à intervalles réguliers de diverses impuretés maladroitement infligées à l’occasion de trop copieuses agapes au goût de sauce tomate.

Les quelques faux plis qui apparurent vers l’entre jambe furent effacés à grands coups de fer à repasser.

Lui, appris à connaître mes habitudes, mes siestes sur les rochers du bord du lac, ma manière parfois un peu cavalière de le quitter et de le lancer sur le dossier d’une chaise ou l’oubli de fermer la braguette, distraction qu’il me pardonnait volontiers. Il apprit aussi à m’aider à contenir certaines de mes pulsions d’une libido un peu encombrante.

Plus le temps passait, plus nous avions plaisir à partager diverses activités, je lui présentais mes amis, ma famille qui l’adopta d’entrée, quelques femmes eurent même la curiosité de le caresser sans doute pour en mesurer la douceur, certaines entreprirent même de le séparer de ma personne, il fit preuve à ces occasions d’une grande patience, l’amitié est patiente.

Mais la plus belle des amitiés n’est pas à l’abri de l’usure, c’est le risque encouru à trop se fréquenter, la nôtre n’échappa pas au fait. Le regardant discrètement, je fus contraint de constater que l’usure du temps avait éclairci certaines zones sensibles, il était temps d’accepter la dure réalité de la vie et de l’amitié. On se rencontre, on partage, fabriquant ainsi une palette de souvenirs puis pour des raisons que la raison ne détecte pas toujours, l’amitié s’éteint doucement disparaissant comme elle était venue.

C’est un jour du dernier été que je fus confronté à cette pénible réalité, une réalité sans appel, sans échappatoire. Une amie d’oisiveté, discrètement me demanda si j’avais remarqué que le verso de mon anatomie charnue était laissée à la vue de n’importe qui, le pantalon sensé la recouvrir présentant des signes évidents de faiblesse, disons-le tout net, il était carrément éventré.

L’avais-je remarqué niant systématiquement l’évidence ? C’est en le retirant que je constatai l’exactitude de la réflexion. Je sus alors que mon ami avait revêtu mon anatomie pour la dernière fois.
J’aurais pu pleurer ou décider contre toute logique d’entreprendre la réparation des dégâts lui redonnant une apparence décente … mais une amitié rapiécée n’a que peu de chances de survie. J’optai pour une attitude opposée ; considérant que grâce à lui, j’avais vécu tant de bons moments, cette attitude philosophique était plus facile à lire dans un livre qu’à adopter, je tentai nonobstant de la faire mienne.

C’est jeudi, par un triste jour de grisaille qu’eurent lieu dans la plus stricte intimité ses obsèques, la célébration devant la poubelle fut, c’est bien naturel, empreinte d’une tristesse légitime dans une telle occasion, ce sont malheureusement souvent les meilleurs qui nous quittent les premiers, la vie continue pour les autres.

PS : A un philosophe à qui l’on demandait ce qu’il pouvait souhaiter de mieux pour ses enfants, il répondit : Je voudrais qu’ils fussent dignes d’avoir des amis.

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Janvier 2017

Apparence et consommation        images

Nos grands-pères, la calvitie avancée acceptaient leur cinquantaine bedonnante se contentant de ce que la vie leur proposait.

Leurs épouses, parfois un rien fessues, le sein plus utilitaire qu’érotique, se chargeaient de transmettre à leurs descendances des préceptes simples d’harmonie et d’acceptation et leurs imperfections anatomiques représentaient souvent l’essence-même de leurs personnalités.

Lors survint l’avènement d’une société en perpétuelle recherche de perfection, d’apparence et d’image stéréotypée.
Une chirurgie révolutionnaire vit le jour pour laquelle il n’était plus question comme par le passé de réparer ou sauver des anatomies en péril. Une chirurgie de luxe rendue très lucrative par la gent publicitaire : La chirurgie esthétique répondant au postulats suivants était née :

Nous sommes riches et imparfaits, les imperfections ternissent l’image que nous offrons à la société. La perfection a un prix, utilisons donc la première pour atteindre la seconde.

Après la voiture prestigieuse, les habits griffés ou les bijoux ruisselants d’or, la montre de Sarkozy, objets indispensables pour affirmer notre statu et combler notre vide existentiel, n’importe quel laideron désormais était en mesure de rivaliser avec les plus divines créatures. La silhouette de rêve devenait à portée de porte monnaie bien rempli.

Alors fleurit un nouveau langage au bouquet luxuriant de vocables parfumés de sang et de rêve dont voici quelques exemples :

Prothèse mammaire
Liposuccion
Lifting
Botox
Implant capillaire
Hormone de croissance
Chirurgie réfractive, etc.

Ainsi l’escarcelle de ces apprentis sorciers se vit vite déborder des liasses de ceux visant à tout prix la silhouette de rêve et répondant aux critères d’une mode de pacotille et de profits.

Plus de seins ptosés, pas plus de bajoues disgracieuses, plus de nez camus ou de fesses renfrognées, jamais de calvitie, de cellulite envahissante ou de myopie, plus rien de tout cela.

Après nous avoir persuadés que notre bonheur passait par une surconsommation sans limites, les chirurgiens de l’impossible nous promettaient la félicité tout au bout de leurs scalpels. Ainsi était confirmée une espérance parfois encore inconsciente de l’humain : Tout améliorer, modifier, sans pour cela avoir à se remettre en question, exiger à d’autres d’améliorer notre quotidien. Un rutilant flacon pour un vin sans âme. Un emballage dissimulant la vérité ou encore la recherche d’une identité dictée par de malins escrocs.

 

Reste une chirurgie pas encore inventée et peut-être la plus improbable : Opérer la connerie humaine !

Décembre 2016

amour

Un amour numérique

C’est l’histoire d’un couple, malheureusement semblable à trop d’autres couples, c’est à dire victime du temps et donc en phase de rupture.

Unis depuis quelques années, ils avaient cru à l’éternité, aux amours qui durent toujours, toujours – un mot à éviter prudemment – cruelle désillusion de jeunes naïfs, la cohabitation leur était devenue insupportable.

Reprenant chacun ses modestes apports, d’un appartement spacieux, chacun se retrouvait dans un petit studio, ceci est le prix de la rupture.

Le délai raisonnable nécessaire à un deuil, chacun des anciens époux repris vaille que vaille un quotidien de divorcé. Le retour au célibat assorti de la liberté recèle tout de même après quelques temps, d’aucunes vicissitudes, tous deux le testaient.

Un peu comme le retraité qui ayant tellement béni le jour de sa délivrance professionnelle et qui souvent, un peu plus tard est bien obligé de le regretter. Les premiers mois de leurs vies de célibataires leur ouvraient de nouvelles portes, celles du plaisir et surtout de ne plus avoir à supporter un être tellement différent.

Ils redécouvrirent, chacun de son côté, les soirées entre amis, le cinéma ou l’harmonie d’une nature apaisante.

Or si ces tourtereaux avaient un jour réuni leurs destins. C’est probablement que la solitude dessinée sur les murs de leurs chambres de célibataires leur était pénible. Personne à qui parler, un lit froid et le frigo à moitié vide sans compter leurs amis qui eux étaient encore en couples.

Disons-le tout net, le célibat ne leur convenait pas.

Lorsque le démon de la solitude vous mord l’âme, notre société nous a appris à y échapper : Télévision, voyages, alcool, soirées poker et bien entendu de plus en plus, internet.

C’est incroyable tout ce qu’on peut trouver sur internet : La réponse à toutes nos questions, les voyages aux îles, de la musique, recettes de cuisine. Mais quel est ce site subrepticement apparu sur l’écran ?

« Vous vous sentez seul, nous avons la solution. Grâce à nous vous allez trouver l’amour ou l’amitié, c’est selon vos attentes et pas n’importe quel amour ! Oh ! Non ! Nous vous offrons un amour de qualité ! Un amour de qualité comme on dit d’une casserole de qualité !

Un brin d’ironie au coin de leurs écrans stupides, ils refermèrent leurs ordinateurs. Il serait donc possible de dénicher grâce à internet un amour solide et incassable ? Stupide !

La publicité a cela de pervers qu’elle insinue tout doucement dans nos têtes chercheuses de subtiles informations bien entendu à vocation mercantile. Et même si telle ou telle publicité nous paraît de prime abord sans intérêt, il existe une parade à cet effet : La répétition, Une publicité ne mesure que peu d’écho mais la répétition, alors ! Et les professionnels de cet « art » connaissent parfaitement les bas instincts du futur client toujours à la recherche de nouveauté pour calmer sa médiocrité et combler le vide qui l’habite.

C’est en répétant sempiternellement les choses qu’elles finissent pour rentrer dans nos cerveaux. Cela ne vous rappelle-t-il pas l’éducation des enfants ?

Donc nos deux ex-co-habitants devenus célibataires ont subrepticement rallumé leurs ordinateurs.

Lui prit goût à ce nouveau style de rencontres somme toutes assez astucieux. Alors que dans nos environnements personnels, nous ne côtoyons que quelques personnes, une cinquantaine au plus, comment dans ce misérable cheptel espérer l’âme désirée alors que l’éventail de candidats présentés sur la toile frôle l’infini ?

Des centaines de femmes étaient présentées là, prêtes à initier des grandes amours, et des femmes pratiquement vêtues que de qualités… Des grandes blondes, des pulpeuses

rousses ou de petites malicieuses, enfin, que du premier choix, c’est écrit !

Le jeu sembla de plus en plus convenir au célibataire qui entreprit plusieurs contacts sans grandes perspectives jusqu’au jour où, miracle de bits, une correspondante sembla beaucoup plus intéressante et intéressée que les autres.

Tous les soirs à vingt heures précises, les tourtereaux se connectèrent illuminant du même coup leurs écrans cathodiques de belles envolées à consonance à peine voilée d’amour ou enfin quelque chose qui s’en approche.

A l’instar de toute nouvelle relation, les internautes commencèrent par ne dévoiler que la superficie de leurs caractères, leur goût pour la promenade, le cinéma ou encore la pétanque. C’était intéressant de se rendre compte d’une assez grande similitude d’intérêts entre les deux nouveaux correspondants. Alors, à nouveau comme dans toute relation naissante, ils devinrent plus intimes avouant à l’autre certains traits de caractère réservés habituellement qu’aux proches amis. Leur intimité informatique prenait corps, ne s’étant jamais rencontrés, jamais senti, jamais regardé, une somme incroyable de symptômes les rapprochait de plus en plus.

Ce qui devait immanquablement devenir une liaison amoureuse « de qualité » se dessinait sur leurs écrans respectifs.

Un petit inconvénient tout de même fut mis au jour : la belle habitait au Canada… Les risques de l’informatique ne doivent pas être négligés.

Mais qu’importe, l’amour ne connaît pas de frontières, il suffisait d’économiser et de voler vers la belle !

Avant que de se rencontrer, les amoureux continuèrent à communiquer et à dévoiler de plus en plus les recoins cachés de leur personne. C’est incroyable ce que la belle correspondait à toutes les attentes de l’internaute. Elle posait des questions, affirmait ou comprenait les dires de l’autre avec une acuité et une sensibilité exceptionnelles On aurait pu croire que ces deux se connaissaient déjà depuis longtemps.

La jalousie est un vilain défaut disent ceux qui ont tout compris de la vie et de l’amour. Pourtant, lors d’une séparation douloureuse, le plus insupportable n’est souvent pas la séparation elle-même dont la blessure se colmate insensiblement mais l’idée que l’autre, cet individu devenu toxique, presque méprisable, cette personne toute farcie de tares, trouve une autre personne à aimer et que cette autre personne arrive à lui trouver les qualités que depuis longtemps, il n’a plus.

La personne probablement toute aussi méprisable que lui a-t-elle été séduite ? Elle a trouvé ce résidu d’humanité moribonde à son goût ? Elle en est même tombée amoureuse ? Elle est certes tombée bien bas !

C’est ici que la jalousie peut générer une sorte de vice génial et que l’ex compagne de ce personnage imprudent et sans malice frappa très fort.

Branchant son ordinateur, elle arriva, force patience à repérer le site de rencontre en question et se drapant dans une identité aléatoire, elle réussit à se faire passer pour la femme inespérée.

Elle avait ainsi prise sur un individu, son ex, qui lui dévoila tout ce qu’elle savait déjà de lui … y compris l’intimité de sa soi-disant rencontre. Pas étonnant qu’il soit tellement étonné et ravi d’une pareille complicité, la nouvelle conquête n’était autre que son ex-femme !

Cette histoire un peu vicieuse est véridique, elle devrait juste nous inciter à nous méfier des rencontres virtuelles … des autres aussi car il est bien connu que bien des individus un peu cassés sont capables lors d’une nouvelle rencontre de masquer pendant un certain temps leurs défauts, histoire d’offrir une image idyllique à leur future victime un peu naïve.

Novembre 2016

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ET L’ARGENT DEVINT POISON

Les hommes dont l’un des moteurs les plus puissants est l’argent, ces hommes qui depuis des siècles ont tout sacrifié à ce véhicule de domination, leur liberté, leur tranquillité, leur vie, parfois, ces individus dont la stupidité semblait ne receler de limites que celles de l’épaisseur de leurs portefeuilles, cette ethnie pensante pervertie par d’infâmes et dégoûtants rectangles de papier à l’effigie de vieux barbus représentatifs de la décadence humaine, personne ne pouvait imaginer qu’elle changeât un jour.

Toute la pourriture du monde capitaliste avait pour catalyseur ces devises en liasses, convoitées par tous, empilées par d’aucuns, dérobées par les gens pressés.

Phénomène oh, combien antinomique, à la place de se voir satisfait d’en posséder et de l’utiliser à vivre tranquillement, l’homme, toujours le même, lorsqu’il en avait gagné, torturait ses méninges pour en acquérir davantage.

Or un jour…

Non seulement il avait décidé de se désintéresser de cet argent aux répercussions gangreneuses mais devant la désolation du spectacle, il se mit même à le fuir, à l’éviter à tout prix, voire à le détester.Enfin le monde allait nouer avec l’espoir de revivre des jours heureux parsemés d’êtres démunis de ces ambitions mercantiles confinant à leur perte, enfin il devenait riche.Les sociologues, psychologues, les économistes, tous durent se rendre à une évidence étoffant leurs incompétences respectives, l’homme était en train de changer… Contre toute attente, il avait pris conscience de ce gouffre dans lequel sa quête effrénée d’argent le précipitait.

Plus d’envie, plus de jalousie, plus d’injustices sociales, plus de guerres, finies les fausses coupures, au diable les loteries pourvoyeuses de vains espoirs.Au chômage, les financiers marrons, plate, la bourse de New York, et les mendiants, les pourboires, les dessous de tables, plus de marchandage, aux pieds les bas de laine. Quel bonheur, quelle sérénité régnait désormais sur notre planète de verdure et d’amour. Ceux qui avaient été riches, pauvres aujourd’hui devisaient en compagnie d’anciens pauvres qui l’étaient restés.

La confraternité à laquelle on pouvait assister réchauffait les coeurs et réactualisait certains proverbes hier encore obsolètes : l’argent ne fait pas le bonheur, ou : tous les hommes sont frères. Tant pis pour tous les crimes perpétrés au nom du Dieu argent, c’est le passé, n’y revenons plus, aujourd’hui, les humains ont changé, la vie est renaissance, ils ont compris leur fourvoiement, tard, mais ils l’ont compris.

Au début, ceux qui possédaient ces coupures sans âme se mirent ostensiblement à les oublier dans tous les coins possibles et impossibles, ils les perdirent, en hiver, ils les utilisèrent pour bouter le feu à leurs cheminées bourgeoises, mais force fût de constater qu’après avoir brûlé tant de doigts, la combustion de l’argent était impropre et l’on eût à nouveau recours aux bons vieux quotidiens dont la substance se prêtait fort bien à la flamme purificatrice.

On signala aussi quelques liasses localisées dans le caniveau place de l’écu, on sollicita l’aide de la voirie pour éliminer cette cause de perturbation. Peu à peu, cet argent devenu méprisable qui ne suscitait plus aucun intérêt se vit même générer de la haine, une sorte de répulsion chez l’homme normal, c’ est à dire la majorité ; on n’en voulait plus chez soi, ni ailleurs, la vue d’une innocente piécette provoquait des symptômes dès lors classiques de rejet, de tenaces prurits défiguraient ceux qui avaient cru bon de dissimuler quelque monnaie au tréfonds de l’armoire aux souvenirs, on vit même un jour deux hommes en venir aux mains à propos d’une pièce de cinq francs tombée d’une poche que personne ne voulait ramasser. Les banquiers, argentiers au demeurant fort respectables se retrouvèrent dans leurs catafalques de marbre, ex-symboles de richesse, enfouis sous les millions de leurs anciens clients – investisseurs, ils tentèrent bien de leur rendre leurs biens, rien ni aucune menace n’y fit, ils pensèrent alors repeindre les billets si peu sympathiques pour provoquer un regain d’intérêt de la clientèle désertrice, ce fut peine perdue.

Alors, ne pouvant plus garder dans leurs coffres dont le blindage était dès lors caduc, ces valeurs pestilentielles, ils songèrent à les encaquer dans des fûts à immerger dans les abysses des mers australes, mais rien ne pouvait garantir l’étanchéité de ces tonneaux au delà de deux cents ans, ils n’obtinrent pas d’autorisation.

Alors en désespoir, ils consultèrent quelqu’alchimiste éclairé lui demandant s’il était de sa compétence de recréer un arbre à partir du papier à fric, l’homme dont la vie avait été vouée à la fabrication de l’or dût rapidement s’avouer vaincu et incompétent, son trop long vécu agissant conte lui. En désespoir de cause perdue, les banquiers déchirant leurs cravates, symbole encore tiède d’un professionnalisme de bon aloi, durent s’installer aux endroits stratégiques de la ville -c’est à dire devant leurs banques- pour mendier….oui, pour mendier…

Vous les auriez vu tendre leurs mains glabres rougies par le froid mordant, proposant des billets de cent, cinq cent, et même mille francs – à votre bon coeur, Msieurs Dames -prenez ce que vous voulez, c’est de bon coeur, non seulement personne ne prit le plus menu fretin, mais, plus méchant, on vit voler quelques pierres de belle taille en direction de ces mendigots nouveaux.

L’argent était devenu poison !

Alors les hommes s’organisèrent seuls ou en confréries pour éliminer tout apport d’argent dans leurs affaires; on vit fleurir des entreprises spécialisées dans la perte de l’argent, l’état, champion de la discipline, leur fut d’un salvateur secours, on érigea des casinos qui à la roulette gardaient l’argent des numéros gagnants et distribuait celui des perdants. L’état – encore lui – eût l’idée de punir les infractions de la circulation en distribuant des contraventions en billets de banque. On raconte même, – mais l’information est -elle fondée ? – Qu’il fut découvert l’atelier d’un faussaire astucieux, inventif, qui blanchissait les billets de mille francs en les laissant macérer dans de la morphine – base…. à s’y méprendre, il finit en prison où il fut compagnon de cellule d’un cambrioleur surpris en train de découper au chalumeau le coffre-fort d’un inconnu pour y glisser subrepticement des liasses d’argent, quelle misère !

L’ère de l’anti-pèse était née, tous les efforts se devaient de converger vers l’élimination définitive de cet argent de honte et de mépris, on travailla sans relâche à la disparition des capitaux, à l’abolition des fonds propres, à l’excision des héritages. Quelques usiniers usèrent de leur influence pour menacer tous ceux de leurs clients qui tenteraient une quelconque manifestation de règlement de leurs dettes, privant ces derniers de la chance de pouvoir se débarrasser de leurs derniers deniers. La violence sourdait aux tempes des caissiers dont la difficile tâche consistait à vider les trésoreries.

On dut faire appel à la police pour endiguer la montée d’une violence menaçant la population effrayée, l’armée vint même en renfort avec des chars blindés achetés jadis à prix d’or. Le monde de la finance ne parvenait plus à faire face aux rentrées massives d’argent, les usines de biens de consommation ne purent bientôt plus vendre leur production sans paiement malgré les efforts démesurés des publicistes, eux aussi en proie à la panique de cette crise déflationniste qui se profilait déjà comme un phénomène mondial. Selon les évaluations averties des économistes, les pays exigeaient de rembourser leurs dettes envers leurs créanciers qui, plus puissants qu’eux les menaçaient de leurs armes atomiques financées par leurs emprunts à ces pays.

Des guérillas éclatèrent aux quatre coins de la planète, l’économie mondiale connaissait pour la première fois la banqueroute du troisième type, inconnue jusqu’alors, sanglante, dont les implications laissaient prévoir le pire. Dès lors, l’homme était prêt à tout pour ne plus posséder le moindre centime, même au sacrifice de sa vie.

On assista alors à la renaissance de la psychiatrie, les asiles regorgeant d’hommes riches et malades de l’être, le taux de suicides atteignit des chiffres encore jamais vus et terrifiants, on trouva même un président directeur général dans sa salle de bain, pendu aux cordons de sa bourse débordant d’écus sonnants.

Voilà ! Toutes les attentes générées par le changement de l’homme et son rapport à l’argent avaient été vaines, l’homme avait changé d’objectifs, il avait déplacé la charge de sa puissance destructrice, mais le fond était resté le même, immuablement, il avait été pour, il devenait résolument contre, mais demeurait l’esclave de l’argent; présent ou absent, l’argent était et restait une prison empoisonnée.

 

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Octobre 2016

 Tiré de la sombre histoire : La pêche à la baleine de Jacques Prévert. Nous nous sommes permis de travestir certains mots pour le rendre plus boéland.

Ce texte n’est pas à conseiller à ceux qui pensent occuper une place importante dans la société.

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La pêche au brochet

A la pêche au brochet, à la pêche au brochet
Disait le père d’une vois courroucée
A son fils Prosper, sur le pré allongé
A la pêche au brochet, à la pêche au brochet
Tu ne veux pas aller,
Et pourquoi donc ?
Et pourquoi donc que j’irais pêcher une bête
Qui ne m’a rien fait, papa
Va la pêpé, va la pêcher toi-même
Puisque ça te plaît,
J’aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère
Et le cousin Gaston
Alors dans sa brochetière le père tout seul s’en est allé
Sur le lac démonté
Voilà le père sur la mer
Voilà le fils à la maison
Voilà le brochet en colère
Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière
La soupière au bouillon
Le lac était mauvais
La soupe était bonne
Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole :
A la pêche au brochet je ne suis pas allé
Et pourquoi donc que j’y ai pas été ?
Peut-être qu’on l’aurait attrapé
Alors j’aurais pu en manger
Mais voilà la porte qui s’ouvre, et ruisselant d’eau
Le père apparaît hors d’haleine
Tenant le brochet sur son dos
Il jette l’animal sur la table, un beau brochet aux yeux bleus
Une bête comme on en voit peu
Et dit d’une voix lamentable :
Dépêchez-vous de le dépecer
J’ai faim, j’ai soif, je veux manger
Mais voilà Prosper qui se lève
Regardant son père dans le blanc des yeux
Dans le blanc des yeux bleus de son père
Bleus comme ceux du brochet aux yeux bleus :
Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m’a rien fait ?
Tant pis, j’abandonne ma part
Puis il jette le couteau par terre
Mais le brochet s’en empare et se précipitant sur le père il le transperce de père en part
Ah, ah, dit le cousin Gaston
Cela me rappelle la chasse, la chasse aux papillons
Et voilà
Voilà Prosper qui prépare le faire- part
La mère qui prend le deuil de son pauvre mari
Et le brochet, la larme à l’œil contemplant le foyer détruit
Soudain il s’écrie :
Et pourquoi donc j’ai tué ce pauvre imbécile
Maintenant les autres vont me pourchasser en motogodille
Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille.
Il se dirige vers la porte et dit :
A la veuve en passant :
Madame, si quelqu’un vient me demander
Soyez aimable et répondez :

Le brochet est sorti
Asseyez-vous et attendez

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Septembre 2016

Scandaleux sportifs !images

 

Scandaleux ! Lance Armstrong a finalement admis s’être dopé. Inimaginable ! L’équipe phare du tour de France cycliste utilise des substances prohibées. Incroyable ! Le sport érigé en exemple aux yeux de la jeunesse, ce corps sain dans une âme saine, tout cela ne serait que mercantile mensonge ?

Monsieur De Coubertin, votre phrase si célèbre : dans le sport, l’important c’est de participer, serait-elle tombée dans une crasse désuétude ?

Lorsque j’étais écolier, mes éducateurs ont gravé dans ma tête naïve le sport comme le pourvoyeur de santé mentale. Une âme saine passait, me disaient-ils, nécessairement par la musculature d’un corps sportif.

Persuadé du bien-fondé de l’enseignement, j’optai pour un sport de mon choix. N’étant pas fondamentalement maladroit, mes maîtres me suggérèrent de me mesurer à d’autres, quoi de plus normal. La proposition d’un entraînement bihebdomadaire, si je l’avais retenue, m’aurait conduit irrémédiablement sur les terrains de la compétition.

Le sportif de haut niveau gagne de l’argent à être connu. Il monnaie ses performances; garçon de courses de richissimes sponsors, ses revenus sont indexés au nombre de podiums fréquentés. Il est donc contraint de régulièrement améliorer ses prestations… mais qui dit amélioration, sous-tend une limite. Pour le sport, il s’agit d’une limite psychophysique, que reste t-il à faire ? Quitter le sport enrobant les victoires de mépris, ou aller encore plus loin… avec l’aide de la chimie.

Il n’est aujourd’hui plus possible d’accéder aux podiums sans substances stimulantes, tous les intéressés le savent, personne ne l’avoue. Plus grave, les jeunes amateurs sont déjà victimes du système. ( Encore plus vicieux : tous les magasins vous offrent un lot impressionnant de boissons dites : énergétiques, vitaminées, pour améliorer tout ce que vous désirez améliorer, ainsi très bientôt le problème du dopage sera définitivement banalisé…) A l’énoncé de ces réalités gênantes, certains opteront pour une accusation des responsables : ce sera les sponsors ou les médecins sportifs, ou encore les entraîneurs… Pourrait-on stopper l’hypocrisie ?

Les sponsors, les entraîneurs, les médecins ou les sportifs, eux-mêmes sont dans un bateau dont le moteur se trouve être l’argent… et nous, spectateurs avides de records. Celui qui abandonne le bateau est condamné au chômage, que feriez-vous ? Tous répondent au même argument qu’est le fric. Personne n’est responsable, ou tous le sont, c’est presque pareil. Il y a belle lurette qu’une âme saine ne se trouve plus dans un corps de compétiteur sportif, cruelle désuétude d’une phrase prononcée un jour par un innocent puriste, ignorant de l’âme humaine.

Les sportifs, comme la moitié des humains, sont dénaturés par l’argent. Le seul moyen d’endiguer ce mouvement morbide serait une entente globale de tous dans le boycott du système… une plaisanterie ! Que reste t-il à faire, alors ?

Rien ! Si certains situent la compétition plus haut que leur santé ou celle de leurs proches, si la victoire est si belle qu’on y sacrifie son intégrité, sa vie, même, si les téléspectateurs se régalent de cette arnaque musculaire, libre à chacun. Il en est qui se tuent au travail, d’autres dans la drogue, chacun choisi son corbillard.

Tous sont à considérer comme des victimes naïves d’un système dans lequel il n’ont pas imaginé n’être qu’un outil sans valeur, les hommes sandwich des vendeurs de cigarettes, les commis voyageurs des distillateurs d’alcool. La seule chose que ces sportifs puissent encore faire est de tenter de convaincre les jeunes de ne pas se laisser entraîner dans une voie similaire… mais là, je rêve.

LE SOUFFLEUR DE VERRE

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Quel enfant n’a  pas rêvé d’un jour devenir pilote d’avion, détective privé ou conducteur de locomotive ! Le métier de souffleur de verre n’a lui par contre pas suscité d’innombrables vocations.

Pourtant quelle féerie que d’assister au travail du verre ! Cette matière dure et cassante qui, l’espace d’une flamme jaune se transforme en une pâte molle et malléable à souhait. Soufflé, tourné, coupé et sculpté par les mains du magicien verrier, il semble jouer, même jongler avec la matière en fusion, on croirait presque que c’est facile…

Voici l’histoire. Nous sommes à Nuremberg en 1957. Kastl est un enfant d’origine tchèque, il a 15 ans. Fréquentant l’école parce qu’obligatoire, il faut bien avouer qu’il privilégie surtout les travaux manuels plus à la portée de ses mains que les belles théories abstraites. De plus Kastl apprécie particulièrement le professeur de cette discipline.

Tu as 15 ans, tu es bientôt un homme, il est temps pour toi de choisir un métier ! Lui annonça son père d’un ton solennel. Que veux-tu faire de ton avenir ?

La question embarrassa le jeune adolescent dont les préoccupations n’avaient pas encore porté sur de telles questions mais aimant bien le dessin, il leur annonça sans enthousiasme :

  • Je veux devenir dessinateur.

Connaissant une entreprise employant des professionnels du dessin, les parents de Kastl s’y rendirent… malheureusement aucun nouvel apprenti ne serait engagé pour l’instant.
Le lendemain, le jeune Kastl fis part à son professeur de travaux manuels de ce refus et de son désappointement.

Et si tu devenais souffleur de verre ? Tu sais, c’est un beau métier et je te vois très bien travailler cette matière noble et transparente qu’est le verre.

La chance voulut qu’à Nuremberg, il y ait justement deux entreprises de verreries… et de plus, dans la même rue que celle où il habitait.
Accompagné de son père, Kastl se rendit dans la première. Une plaque de bronze fixée sur la porte annonçait que l’on se trouvait bien chez Köhler, verrerie.

Le patron reçut les deux hommes et après une brève prise de contact, accepta d’engager l’adolescent mais à une condition ajouta-t-il :
– Avant toute chose, tu subiras un examen d’entrée. Va dans la pièce à côté et tu demanderas le chef.

On installa Kastl devant l’un des nombreux atelier, il lui fut ensuite confié une planchette percée de multiples trous filetés ainsi qu’une boîte contenant une multitude de vis qu’on le pria de mettre dans les trous correspondants. Kastl s’appliqua à la tâche somme toutes pas si difficile que cela. Le travail terminé, le chef se saisit de la planchette, la retourna et la secoua énergiquement… Plusieurs vis tombèrent sur la table dans un bruit sec, sec comme la sentence qui lui fut administrée sans autre forme de procès par le directeur :

– Tu ne seras pas capable de devenir souffleur de verre !

C’est aux confins de son orgueil que Kastl fut blessé, ce test stupide avait donc suffi à juger le garçon, à le juger incapable de devenir souffleur de verre, un simple test avec des vis…
A 15 ans, il y des phrases qui tuent !

De retour à la maison familiale, Kastl se sentit habité par le doute, un doute qui le transperçait comme un tesson de verre acéré. Le lendemain, le jeune homme fut tout de même convaincu par son père d’opérer une deuxième tentative. Il fut donc pris un rendez-vous au bureau de l’embauche de l’autre entreprise répondant au nom de Willy Günther.

Le patron Monsieur Meyster les reçu, l’homme aux cheveux gris regarda le jeune homme par-dessus ses lunettes demi-lune, son regard était empreint de gentillesse bienveillante et s’adressant à Kastl :
Tu sais, mon garçon, je comprends très bien qu’à 15 ans, on ne sache pas vraiment quel métier on veut faire, c’est la raison pour laquelle je vais t’expliquer ma manière de procéder.
Premièrement, chez nous, il n’y a pas d’examen d’entrée. J’emploie dans mon usine une soixantaine d’ouvriers répartis dans divers domaines : Il y a les souffleurs de verre, les mécaniciens, les employés de bureau, les magasiniers, aussi.
Tu commenceras à l’atelier des souffleurs de verre. Tu recevras un grand livre. Sur chaque page de ce livre, tu verras le dessin d’une tâche, un travail que tu devras exécuter, la manière d’y parvenir sera indiquée en bas de la page. Lorsque que tu auras terminé une tâche notre chef d’atelier viendra pour juger ton travail. S’il n’est pas satisfaisant, tu auras droit à un deuxième essai, si tu le rates, ce n’est pas grave, nous te dirigerons vers un autre atelier qui sera plus adapté à tes compétences.
Si par contre tu réussis le travail, notre expert t’attribuera une note et apposera sa signature au bas de la page, tu pourras alors entamer la page suivante. A chaque page tournée, le travail à exécuter sera plus difficile. En entrant chez nous, tu gagneras 24 DM par semaine, à la fin du livre, tu en gagneras 100 et tu seras un souffleur de verre diplômé. Encore un détail : Chacun de nous travaille et comprend à un rythme qui est le sien, nous te laissons le temps que tu désires pour arriver à la dernière page mais penses-y… 24DM et 100DM. Tu commenceras lundi matin, nous t’attendrons.

L’usine Gunther, chose courante à l’époque, fonctionnait jour et nuit, sept jours sur sept. On signifia à Kastl qu’il lui serait permis de venir travailler quand il le voudrait y compris le dimanche et que ce jour là, il lui serait même offert le croissant et le café à neuf heures ainsi que le repas de midi.

Un contrat fut immédiatement signé, Kastl avait été conquis par les paroles qu’il venait d’entendre, la revanche qu’il avait à prendre prenait forme, il allait voir, ce Köhler, de quoi un incapable était capable quand on le provoquait…
Le lundi suivant, après une nuit peuplée de monstres qui l’écrasaient, Kastl fut l’un des premiers à se présenter à l’atelier, il travailla sans relâche, sua, se blessa, travailla encore, la semaine, le dimanche. Le défi était de taille, il devait l’honorer.

Les mois passèrent, les pages du grand livre signées se tournaient, les unes après les autres, l’habileté ajoutée à la hargne de vaincre avaient transformé les mains du jeune homme en instruments de plus en plus précis et efficaces, des mains de professionnel.
Quinze mois s’étaient écoulés, il fallut bien constater que le livre de Kastl était terminé, la dernière page signée. Le temps habituel pour un tel résultat se situait aux environs de trois ans, de plus l’élève avait tant travaillé ses cours de théorie que ses résultats furent aussi excellents : fait rarissime, une moyenne de 1.4 lui fut décernée. Monsieur Meyster le félicita personnellement lui annonçant que l’excellence de ces résultats lui vaudrait en prime une récompense : L’entreprise lui offrait la préparation aux examens de maîtrise.

C’est ainsi qu’à cause, ou peut-être grâce à l’intervention d’un individu dépourvu de la moindre psychologie, La rage de vaincre avait hissé Kastl aux marches hautes d’une profession qui le suivrait de nombreuses années.

Une cérémonie avait coutume d’être organisée pour la remise des diplômes, Kastl encadré par ses parents émus était assis au premier rang.
L’homme désigné pour la proclamation des résultats énuméra le nom de deux élèves puis il prononça le nom de Kastl, hésita, regarda une seconde fois son papier comme pour s’assurer qu’il avait bien lu, alors jetant un regard noir par-dessus ses lunettes, il le dirigea vers Kastl. Il fronça ses sourcils épais et d’une voix traînante : Kastl… Kastl… mais nous nous connaissons, non ? Ou t’ai-je rencontré ?

Kastl emplit alors ses poumons d’un air qui lui manquait cruellement à l’instant. Ballotté entre une peur incommensurable et l’envie, le besoin de faire sauter un abcès qui l’avait tant fait souffrir, il réunit tout ce qu’il lui restait de courage et redressant la tête.
-Oui M’sieur ! Vous m’avez vu chez vous, à l’usine et c’est là que vous m’avez certifié que je serais incapable de devenir souffleur de verre.

Juillet 2016

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La dentiste 

Aimez-vous aller chez le dentiste ?

Menteur ! Personne n’aime aller chez le dentiste ! Il faudrait être frappé d’un masochisme décalé et pervers pour prétendre aimer se rendre chez le dentiste.

L’énoncé du mot carie éveille déjà les stigmates sans grâce de la douleur, et je ne parle pas des dents soi-disant de sagesse qui entraînent ipso facto d’autres vocables encore plus pénibles : plombage, piqûre, arrachage ou encore note d’honoraires.

Non ! Il n’est pas concevable de trouver un quelconque plaisir à côtoyer, professionnellement il s’entend, l’un de ces sadiques en blouse blanche.

Parlons de la fraise : Cet instrument n’a de poétique que le nom et son goût s’éloigne définitivement de celui du fruit tant aimé des enfants. De plus, son action s’apparente étroitement à celle d’un marteau-piqueur qui tenterait de défoncer la boite crânienne.

Puis, cerise sur le gâteau à la fraise, il n’est pas rare que le docteur es crocs se penchant consciencieusement sur votre bouche aux défenses mitées, vous gratifie de son haleine aux relents éthylotabagiques… Non ! C’en est trop ! On ne peut pas se rendre chez le dentiste avec plaisir.

Or ce lundi, croquant joyeusement dans le biscuit d’un petit gâteau aux amandes, une de mes dents, probablement dédiée à un ennemi, s’est brisée, bêtement, sans préambule… que faire ?

L’acceptation philosophique ou la colère ne m’étant d’aucun secours dans le cas présent, je décidai d’agender une visite chez l’un de ces arracheurs patentés. Or l’homme de l’art ayant pignon sur ruelle juste en face de mon domicile se trouvait, je ne sais par quel hasard, une femme, son prénom sur la plaque en bronze ne laissant aucun doute sur ce fait, j’entrai.

Une quadragénaire avenante à la chevelure d’un blond trop blond pour être honnête et dont la dentition aurait pu faire pâlir de jalousie le clavier en ivoire d’un Steinway, m’invite à prendre place sur la chaise électrique, sorte de fauteuil des supplices dont la mémoire, s’il en avait une ,aurait bien des maux à raconter.

Après avoir brièvement décrit la mésaventure gourmande m’ayant amené chez elle, après m’avoir affublé d’une bavette assortie à la couleur de la tapisserie, d’un coup de pédale, je me retrouvais couché vulnérable comme une tortue sur le dos et ridiculement inoffensif. N’ayant plus alors comme seul horizon qu’un plafond sinistre agrémenté de deux tubes fluorescents à lumière froide, je me retrouve un instrument odieux dans la bouche, produisant un bruit identique à celui d’un transit intestinal qui se déroulerait mal, cet appareil étant sensé, j’imagine, évacuer le trop plein de salive sécrétée en surplus dans quelques occasions extrêmes. C’est alors que mon bourreau se mit à me parler. Avez-vous déjà tenté de converser, la bouche encombrée par un suceur, coincé entre la langue et la gencive et pinçant insidieusement la lèvre inférieure, moi, je renonçai vite à poursuivre la conversation.

Quelques borborygmes oiseux plus tard, je remarquai dans mon champs de vision supérieur un visage encadré d’une toison couleur paille et orné d’immenses lunettes de protection soulignées d’un masque dissimulant nez et bouche, pareillement déguisée un chaton n’y reconnaîtrait pas sa mère. Simultanément un terrifiant sifflement annonçant … la fraise ! A peine cet instrument de torture engagé dans ma bouche, tout près du cerveau … Je manifestai tous les symptômes d’une douleur compromettante pour la suite du traitement.

  • Cela vous fait-il mal ?
  • Non ! Seulement quand je rigole ! Tu veux ma place ?

Alors dans le but d’atténuer le cours de mes souffrance, je vois une main gantée, la même que celle des films d’horreur, armée d’une énorme seringue, non ! Je n’exagère pas, immense ! Avant qu’il m’ait été donné l’occasion de préciser que je ne désirais pas une anesthésie totale de durée presque illimitée, l’aiguille s’enfonça sans aucune tendresse dans mes gencives.

Tout cela pour une dent cassée…

  • Ca va ?

J’appréciai la finesse de la requête. Tu veux ma place ?

C’est alors que débuta le travail proprement dit de reconstruction.

délivré de la douleur insupportable, je commençai à prendre ma situation désagréable en patience et selon mon habitude dans ces moments là, je me mis à penser, cela ne rend pas plus heureux mais ça occupe. Tout en regardant du coin de l’œil mon bourreau à l’œuvre, je remarquai immédiatement que j’avais affaire à une perfectionniste. Le nombre et la diversité des fraises de toutes tailles utilisées à mon endroit au fil de l’œuvre me firent penser à un véritable travail d’artiste, sorte de sculpteur dental.

Poursuivant mes réflexions sans grand portée intellectuelle, j’observai que la femme de l’art se rapprochait de plus en plus de mon visage, attitude normale dans l’état de concentration où elle semblait se trouver.

C’est alors que j’eus la sensation d’abord un peu floue puis nettement plus précise d’un contact doux et charnel sur ma nuque. Etonamment cette pression qui aurait pu m’être désagréable, provoqua en moi une manière d’apaisement, disons-le tout net, un étrange bien-être.

Reprenant le cours de mes pensées une rien perturbées, je m’appliquai à l’érection de quelques déductions générées par d’anciennes notions d’anatomie et dont l’issue fut la certitude que cet attouchement sensuel ne pouvait être provoqué que par la poitrine de la dame sur ma nuque.

Alors que mes pensées se brouillaient un peu plus et que la concentration de la dame touchait à son comble, alors que je commençais à oublier le peu sympathique travail exécuté dans ma bouche, je sentis la douce pression se déplacer mais était-ce possible, ce fut ma joue qui recueillit son doux sein tout débordant de tendresse charnelle.

La situation confinait à l’extase, contenue, cela va sans dire !

Je n’ai souvenir de la durée de l’intervention dentaire mais je fus persuadé que l’état de ma dentition allait certainement justifier une ou même deux autres visites chez ma voisine.

Je quittais le cabinet à regret comme doublement anesthésié. Le brouillard douillet qui avait endolori mes gencives s’était propagé et m’avait envahi tout entier, comme embobeliné dans une feuille d’orviétan, la feuille qui guérit tous les troubles.

Vous aimez aller chez le dentiste ?

juin 2016

L’histoire de Manon         Regards croisés sur le Léman

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“Pour ma partie personnelle, j’ai décidé d’entreprendre un tour du lac en bateau, comme le font Jean et ses amis dans Marins d’eau douce. Ainsi, je pourrais peut-être me rapprocher des sentiments qu’éprouvent les héros de Marins d’eau douce, de Gens du Lac et de La traversée, et tenter de mieux comprendre l’attachement personnel qui relie les trois auteurs au lac. C’était un projet quelque peu utopique et je savais que sa réalisation ne serait pas des plus faciles. Il m’a donc fallu trouver un bateau, ainsi qu’un capitaine, car je n’avais aucune connaissance en navigation, aucune expérience. En cela, mon projet me paraissait fou. J’ai eu la chance de trouver Jules, propriétaire d’un voilier. Après un premier téléphone, lors duquel il m’a paru vivement intéressé, bien que surpris par ma démarche, je l’ai rencontré une première fois, avec mon père. A notre arrivée, il était en train de nettoyer son bateau et de le préparer à la navigation après son hivernage. Jules est un joyeux retraité aux lunettes cerclées de vert ou de bleu, un original en quelque sorte. Il a été enthousiasmé par ma démarche et m’a également fait part de son envie de lire Marins d’eau douce. En apercevant son bateau, je ne pensais pas y trouver de couchettes. Mais, après y être descendue, j’ai trouvé la cabine bien plus grande que ce à quoi on s’attend lorsqu’on regarde le bateau depuis l’extérieur. Lors de cette première rencontre, Jules m’a mise en garde sur le fait que je pourrais m’ennuyer, avoir peur et que l’on risquait aussi de ne pas s’entendre. Il a également dit que lorsqu’il naviguait, il ne voulait ni musique, ni que je sois constamment sur mon téléphone portable, afin de profiter et de vivre le moment présent. Il m’a aussi proposé de me faire accompagner par une amie lors de mon périple, pour rendre les choses plus amusantes, car « plus on est de fous, plus on rit » !

Jules m’a proposé de revenir la semaine suivante, pour effectuer une première virée afin de me familiariser avec le bateau, l’équipage, les techniques de navigation et de voir si je n’avais pas le mal de mer (ou de lac). J’étais quelque peu inquiète à ce propos, car, étant parfois sujette au mal des transports, je ne m’étais pas sentie très bien dans la cale. La sortie en bateau, deux semaines plus tard, m’a rassurée à ce propos : je n’avais pas le mal de lac lors de la navigation, seulement parfois si je restais dans la cale. Pour cette première expérience, une amie m’accompagnait qui ne sera en définitive pas ma coéquipière lors du tour final. Elle avait, contrairement à moi, un peu d’expérience de la voile. A la sortie du train, nous nous sommes donc dirigées vers le port. Je ne garde que peu de souvenirs de ce premier tour, car ils se trouvent estompés par ceux du grand tour. Cependant, j’ai été un peu inquiète lorsque, après un court moment de navigation, je me suis retrouvée à la barre ; mais Jules m’a bien expliqué les bases de la navigation. Il a l’habitude de naviguer avec des débutants et des jeunes, avec lesquels il concourt régulièrement au Bol d’Or Mirabaud. Il m’a également montré comment réagir lorsqu’un équipier tombe à l’eau, ce que je ne souhaitais vraiment pas… C’eût été, je pense, la panique ! Je me rappelle également la joie de pouvoir avancer sans moteur, avec un moyen antique et utilisé depuis au moins deux millénaires. De même, le lac extrêmement beau et le bateau naviguant en parfaite harmonie, avec son immense foc bleu clair m’ont ravie.

Le lac est très différent lorsque je le regarde depuis le bateau par rapport à la vision qu’on en a depuis les rives. C’est également surprenant d’observer le Lavaux depuis le lac. On a en quelque sorte une vision inversée du paysage. Après trois heures de navigation que je n’ai pas vu passer et que j’aurais voulues plus longues, nous sommes rentrés au port. Nous avons décidé de fixer une date pour le grand tour. Bien évidemment, elle ne pouvait pas être sûre, car tout dépendait de la météo. En effet, J ne voulait pas naviguer sous la pluie, d’une part car ce n’est pas très amusant, d’autre part car j’étais encore trop inexpérimentée.

Deux jours après la fin de l’année scolaire, le jeudi dix-huit juin, je suis arrivée au port de la Tour-de-Peilz avec une nouvelle coéquipière, me plongeant dans une ambiance bien différente de celle des cahiers et des stylos. Nous attendons quelques minutes au port, moi quelque peu angoissée de ne pas reconnaître Jules et de ne pas être à la hauteur du périple qui nous attendait et de son importance pour mon Travail de Maturité. Après avoir reconnu Jules sans problème et l’avoir salué, nous sommes allées ouvrir le bateau et y placer les bagages dans la cale, pendant qu’il allait boire un café pour se réveiller.

Avant de continuer mon récit, je vais esquisser un rapide portrait de l’équipage et du bateau. Tout d’abord, Jules, notre capitaine, propriétaire du bateau, opticien à la retraite, cheveux blancs, casquette orange, lunettes bleues, amateur de voile et de bateaux, participant régulier du Bol d’Or Mirabaud, rédacteur en chef de « la Gazette du port » de la Tour-de-Peilz ; suite à ma démarche, il y a d’ailleurs intégré des extraits de Marins d’eau douce. Ensuite, ma coéquipière et meilleure amie, Mélanie, gymnasienne de 17 ans, dépourvue d’expérience dans la voile, curieuse, joyeuse, attentive aux autres, ayant remplacé au pied levé ma première coéquipière. Moi-même, curieuse, excitée mais anxieuse à l’idée d’effectuer ce tour ! Et enfin, pour nous permettre de naviguer, un voilier, Le Jackpot, huit mètres cinquante de long, trois mètres de large, mille deux cents kilos, quatre couchettes, différentes voiles, un nombre incalculable de cordes de toutes les couleurs, un moteur… et un seau en guise de toilettes !

Nous enlevons donc la bâche qui recouvre le bateau et rangeons les bagages. Attention l’équilibre ! J’ai toujours trouvé délicat de me déplacer sur le bateau, notamment pour gagner la proue, plus étroite, particulièrement dans le port, car si je tombais à l’eau, j’aurais peur de me blesser en heurtant un autre bateau. Jules revenu, nous commençons l’aventure ! Après la sortie du port au moteur, je suis chargée de maintenir le bateau immobile face au vent pour que les deux autres marins puissent hisser la grand-voile et le foc (voile avant). Nous mettons ensuite le cap sur Meillerie et la côte française. J’ai l’impression d’avoir tout oublié depuis la dernière fois, mais au bout de quelques instants à la barre et de quelques rappels de Jules, l’essentiel me revient et je tente d’expliquer, à mon tour, les techniques à Mélanie. Les virements sont les plus délicats, car il faut aussi changer la voile de côté en relâchant et en tirant des cordes. Cela demande de la force ! J’admire la beauté du lac, qui brille sous le soleil tapant. C’est un dégradé de bleu et de blanc, surplombé derrière nous par le Lavaux, devant nous, par les Alpes. Je m’entraîne à repérer, grâce à la teinte de la surface de l’eau, les zones venteuses ou non. Nous parlons peu, tous occupés par la beauté du paysage et par la concentration que nécessite la navigation, d’autant plus pour la débutante que je suis. Je vois au large s’envoler une famille de canards.

Le vent tombe soudain, nous contraignant à mettre en marche le moteur. Je suis quelque peu déçue de devoir l’enclencher si tôt, car cet aspect m’éloigne, en une certaine mesure, de Jean. Nous atteignons bientôt la côte française, dont le vert des bois se reflète dans l’eau. Les villages de ce côté paraissent en piètre état et abandonnés. L’atmosphère change aussi, c’est un aspect plus calme et plus secret du Léman que je découvre sur cette rive. Nous croisons au large de Meillerie, décor d’un des romans préférés de mon enfance. Cela fait remonter des souvenirs et je suis contente et très curieuse de découvrir ce village.  Nous enclenchons le pilote automatique, autre progrès de la navigation moderne, ce qui nous permet de manger tranquillement. Le grand air aiguise les appétits. Après avoir repris la barre et éteint le moteur, le vent se lève, nous propulsant à une vitesse qui nous paraît très élevée. Cela nous amuse et rend l’aventure plus exaltante. Nous atteignons les abords d’Evian-les-Bains, où je me souviens m’être rendue plusieurs fois en bateau de la CGN (Compagnie Générale de Navigation). De nombreux pêcheurs pêchent dans sa baie. Leurs filets sont signalés par de petits drapeaux rouges ou bleus que nous devons éviter par l’extérieur. La navigation demande ainsi une grande attention. Celui qui ne barre pas doit lui aussi surveiller les environs du bateau, car le barreur a un angle mort, caché par la voile. Le plus grand danger serait de heurter un autre bateau, ce qui m’angoisse chaque fois que nous en croisons un. La vue de ces pêcheurs me fait penser aux deux Ami Gay. Ce que nous observons actuellement devait être leur quotidien. Tous les jours sur le lac par tous les temps, ça ne devait pas être toujours simple. Et des environs d’Evian, devaient sûrement partir quelques bateaux de réfugiés. C’est étrange comme les choses ont pu changer en un demi-siècle. Sur ce même lac, à ce même endroit ont dû se passer tant d’événements différents ! Le vent a diminué et nous atteignons au moteur la pointe qui nous cachait Thonon. Jules est inquiet car le moteur fait un drôle de bruit et ne rejette plus l’eau censée le refroidir. Mon inquiétude augmente aussi, car si le moteur ne fonctionne plus, pourrons-nous continuer notre aventure ?

Le moteur tient jusqu’à l’amarrage au quai. L’arrivée au port est une des étapes les plus délicates de la navigation : il faut accrocher une corde à la bouée, descendre du bateau au bon moment, retenir le bateau afin qu’il ne tape pas le quai, accrocher une corde au ponton et arrêter le moteur lorsque tout est fini. C’est une manoeuvre rapide que je trouve assez stressante, en comparaison avec le reste de la journée relativement calme. Nous sommes contents d’arriver au port car nous sommes fatigués, il fait très chaud au soleil, il n’y a pas d’ombre sur un bateau !

Jules se met rapidement à la recherche d’un mécanicien pour réparer le moteur. Celui-ci y parvient à un détail près : le silencieux a malheureusement fondu et ne peut être remplacé sur place. Le lendemain, la navigation sera plus bruyante ! Nous partons ensuite prendre le funiculaire pour rejoindre la ville de Thonon. Quelle guigne ! Il est lui aussi victime d’une panne, réparée très rapidement. De là en-haut, la vue sur le lac et sur la côte suisse est magnifique. Après une visite de la ville, nous mangeons de délicieux filets de féra du lac, bien évidemment. Nous redescendons ensuite à pied au port, sous un magnifique ciel d’orage, presque noir, qui assombrit aussi le lac. Nous allons tout de suite dormir car nous sommes fatigués. C’est la première fois que je dors dans un bateau. Il y fait frais, car nous dormons dans la partie de la coque à moitié immergée. Les couchettes sont très étroites et le confort spartiate. Au cours de la nuit, il se met à pleuvoir bruyamment, ce qui m’empêche de dormir. Le bruit des gouttes sur la coque en plastique dur est assourdissant, incessant et obsédant. Parfois s’ajoute encore le bruit des cordes claquant dans le mât. J’appréhende du lendemain car naviguer sous la pluie est moins intéressant et plus effrayant.

Heureusement, à notre réveil, la pluie a laissé place à un magnifique ciel bleu ainsi qu’à une forte bise. Le réveil au bord de l’eau est splendide et j’ai hâte de repartir, ce que nous faisons après avoir ôté les pare-battages qui protégeaient le bateau des frottements contre le quai. Le lac est bleu foncé, avec des moutons blancs formés par la bise. A cause de sa puissance, nous enfilons des gilets de sauvetage. Nous mettons cette fois cap sur St-Prex. La traversée est impressionnante, car, grâce à la bise, nous voguons à toute vitesse. De plus, le bateau est extrêmement penché, son bord gauche touchant presque l’eau. Malgré ce beau temps, il y encore peu de bateaux, et j’ai l’impression que nous sommes seuls au monde, dans un lieu à part et déconnecté de la vie réelle. Aux abords de Préverenges, nous entrons dans une zone sans bise et nous décidons de nous baigner Mélanie et moi. L’entrée dans l’eau est difficile car l’eau est très froide. De plus, j’ai l’habitude d’entrer progressivement dans l’eau depuis la rive. Là, il n’est pas possible de toucher le fond !

Après avoir attaché une corde au bateau, nous nous faisons tirer au moteur. Heureusement nous avons nos gilets de sauvetage. Il est cependant difficile de s’accrocher à la corde car le bateau va très vite et les gilets nous étranglent un peu. Après quelques minutes, nous remontons dans le bateau. J’ai de la peine à m’y hisser et je pense aux noyés de La traversée qui sont restés dans le lac… Tout en mangeant, nous croisons au large de Lausanne. La ville est très différente vue du lac et je m’amuse à repérer des bâtiments connus. Du temps de Pourtalès, la ville ne devait sûrement pas être aussi étendue et bâtie ! Nous croisons aussi un gros bateau de la CGN qui s’y rend. Il produit de grosses vagues qui nous font tanguer. Nous continuons notre voyage en direction de St-Gingolph en restant au milieu du lac.  Comme nous avons tourné par rapport à la bise, nous pouvons hisser le petit foc, qui mesure cinquante mètres carrés et est tout blanc. Cela rend le bateau encore plus majestueux et il ressemble à présent à un oiseau prêt à s’envoler. Au Bouveret, nous tentons d’accoster, mais la manoeuvre ici est encore trop compliquée pour les novices que nous sommes.

Nous écourtons donc le tour d’une nuit et rentrons à la Tour-de-Peilz rapidement, grâce à la bise qui souffle encore. Au loin, j’aperçois l’imposant château de Chillon, figure emblématique du lac. A notre arrivée, nous replions les différentes voiles, recouvrons le bateau avec la bâche et prenons congé de Jules et du Jackpot. Une fois sur la terre ferme, nous éprouvons, comme le dit Pourtalès, « […] cette sensation bizarre, que le sol remue aussi, se déplace et tangue. ». L’aventure est terminée. Elle me laissera de merveilleux souvenirs. Grâce à ce tour, j’ai pu découvrir le Léman sous un autre angle, un Léman totalement différent de celui que nous, terriens, connaissons.”           Manon

Mai 2016

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Les croissants chauds

 

Patrick devait totaliser une douzaine d’années, charmant bambin déjà en recherche d’indépendance mais encore tellement demandeur de la protection parentale.

Son père et lui avaient décidé d’unir leurs efforts et talents pour affronter la douzaine de bateaux disputant une régate amicale. La régate avait pour but le port du Bouveret, Ils avaient projeté de dormir dans ce port, retour le lendemain.

Pommier possédait à l’époque un vieux voilier sculpté dans un acajou introuvable aujourd’hui et très recherché des nostalgiques.

Père et fils animés par la même passion de la voile, la régate promettait de bien se dérouler. Après avoir négocié une stratégie de haut vol louvoyant entre les canards et les concurrents, ils franchîrent la ligne d’arrivée dans un classement sans importance et que leur orgueil de marin interdit de révéler ici.

   Amarré le coursier au ponton réservé aux visiteurs, ils préparérent ce qui devait servir de chambre à coucher pour la nuit à venir. Sans cabine le fond de l’esquif était fait d’un paillot, sorte de planche en caillebotis, pas très large et pas très confortable… mais pour des aventuriers le confort est de moindre importance Ce qui par contre était plus gênant était la présence de gros nuages noirs traînant et menaçant le ciel de la soirée, il fallait prévoir une nuit humide. Pour ce faire, ils disposaient bien d’une bâche susceptible de couvrir le cockpit mais elle devait probablement compter le même nombre d’étés que le bateau et pour l’étanchéité d’une bâche, c’est trop !

Après avoir rejoint au port les amis, ils se régalèrent de saucisses, plat préféré de Patrick et devisant gaiement, ils se laissèrent aller à l’ambiance détendue qui régnait entre les marins d’eau douce.

Minuit ! Il est temps de rejoindre le bord pour une bonne nuit réparatrice et préparatrice des efforts du lendemain. Organisant leur couche improvisée entre les sacs à voiles, les gilets de sauvetage et les cirés, ils parvinrent, l’air du large et la fatigue aidant, à s’endormir.

   Quelques rêves de grandes traversées plus tard, Pommier est réveillé par un petit bruit bien connu des marins les soirs d’orage, la pluie se mettait à tomber. Dans ces cas il est si bon de savoir un bon toit bien étanche au-dessus de sa tête, pas une bâche en voie de décomposition… La pluie redoublant, le père tenta sans succès de canaliser les différentes gouttières qui presque immanquablement finissaient leur course à l’intérieur du bateau. Tout y passa les cirés, les chapeaux, un bout de voile et même les éponges, rien n’y fit, l’eau envahissait irrémédiablement leur couche transformée en mare, y en avait marre ! Patrick s’était aussi réveillé transi et grognon. Le reste de la nuit fut utilisé à la survie de l’espèce… 4h du matin. Mouillés jusqu’aux os, grelottant et tellement fatigués nos héros décidèrent, mouillés pour mouillés, de quitter le bateau pour se promener en attendant l’aube.

Comme deux naufragés errant le long du port endormi, sans oser le formuler ils espéraient désespérément un peu de chaleur, enfin quelque chose qui les ramène à la vie, l’idéal aurait été un restaurant ouvert qui aurait proposé un bon café au lait bien chaud ou un chocolat … Ah ! Qu’un bon café eut été bienvenu ! Mais à cette heure si matinale d’un petit port du Léman, il n’en était même pas question. Ce fantasme n’était en réalité que la manifestation de leur désespoir. Patrick donna sa petite main froide et mouillée à son père les deux se sentaient mal mais tellement proches dans cet épisode difficile.

Soudain les narines de Pommier s’activèrent. Est-ce le mirage qui faisait voir une bouteille de Whisky au capitaine Haddock en plein désert, Rêvait-il, était-ce une hallucination, le dernier stade avant la folie? Repérant une lueur d’espoir dans les yeux de Patrick, son père l’entraîna en direction que ce qu’il espérait l’origine de ce fumet, comme mû par un radar. Arrivés devant une porte entrouverte, il glissa sa tête dans l’entrebâillement de cet huis miraculeux, s’il existe un paradis c’est ici qu’il devait être. Dans le fond du laboratoire le boulanger s’affairait devant son four duquel il le vis extraire un plein plateau de croissants bien dorés et tout fumants de bonheur. Si il devait refaire sa vie, ce serait pour devenir boulanger. Apercevant deux êtres pitoyables dirigeant leurs regards hagards sur le spectacle sensuel, Pommier expliqua leur plus vif et désespéré désir. Je ne sais pas si tous les boulangers sont de bonnes pâtes mais celui-là recelait une bonne dose d’humanité. Il les pria d’attendre un instant et revint les bras chargés de deux croissants, un pour chacun, bien chauds emballés dans un petit papier de soie.

A ceux qui courent au bout du monde en quête du bonheur, je peux affirmer que celui-ci peut se trouver beaucoup plus près, par exemple derrière la porte d’un boulanger un matin froid et pluvieux au port du Bouveret.

Avril 2016

Il n’est pas nécessaire de parler pour bien s’entendre 

 Il y a fort longtemps, les hommes commencèrent par ne rien dire.

Sans l’aide du véhicule indispensable que sont les mots, ils ne pouvaient en effet pas exprimer leurs pensées.
C’était sans grande importance car au-delà des actions quotidiennes gastro-libidineuses de portée intellectuelle limitée, ils n’avaient que bien peu de choses à dire… c’était ignorer les femmes…Unknown

Pendant que les bonshommes affûtaient leurs flèches d’alors sur le gibier nourricier, les femmes, elles, attendaient. Elles attendaient leurs mâles-chasseurs, elles attendaient le soir, elles attendaient que cela se passe et souvent, la télévision n’existant pas encore, elles attendaient des enfants.

Durant ces attentes qui, il faut bien le dire, duraient plus que ce que durent les roses, elles se voyaient contraintes de les tuer avec les autres femmes de la falaise, ce qui ne manquait pas de générer quelques grincements de canines.

Cette légitime aspiration à la communication humaine donna assez rapidement naissance, tout d’abord à d’infâmes borborygmes cacophoniques, puis à l’onomatopée, plus évoluée, plus colorée, ancêtre du mot, ce mot contemporain qui selon l’effet souhaité, revêt ses habits de fête ou choit dans l’égoût.

Les femmes d’alors manifestaient leur hargne avec une telle fougue que les historiens se voilent la face devant l’ampleur de leur flèches linguistiques au goût de curare. La parole était née.

Lorsque les hommes, harassés par les aléas d’une chasse à long, regagnaient la caverne matrimoniale dans l’espoir d’y couler quelques heures d’un repos qu’ils jugeaient mérité, ils s’entendaient assaillis d’un flot de paroles absconses auxquelles ils ne comprenaient fichtre-rien… déjà l’homme n’entendait rien à la femme !

Par chance leur intelligence qui n’avait d’égal que leur subtilité à débusquer l’aurochs, leur permit d’assez rapidement saisir l’essence de ce que proféraient leurs concubines dans ce néo-langage qui était le leur.

Alors ils écoutèrent, en écoutant ils apprirent, puis répondant au principe du mimétisme, un beau jour ils furent à même de répondre.
Certains nommèrent ce phénomène : ” dialogue matrimonial “, d’autres optèrent pour « scène de ménage » ou encore « boomerang-party », jeu malheureusement pas encore inventé, ( lui non plus. )

L’instauration de ce dialogue devait être à l’aurore d’une véritable institution encore en vigueur aujourd’hui… nul n’aurait imaginé les dégâts qu’elle provoquerait par la suite.
La reconstitution du climat socio-familial de l’époque par d’éminents ethnologues-ex-premiers-de-classe nous a permis de reproduire ici les bribes d’une conversation entre une femme qui a attendu son troglodyte de mâle toute la journée et qui l’accueille à 19h.30.

J’adresse un merci tout particulier à ces savants, sans lesquels l’évolution de la race serait ce qu’elle est mais à notre insu.

– C’est à cette heure que tu rentres ! ?
– Euh ! … Oui, j’ai eu beaucoup de travail.
– J’aimerais bien le voir, moi, ce travail !
– Je suis si fatigué, je te jure…
– Je pense qu’avec tes copains toute la journée, tu n’étais pas si fatigué !
– De toutes façons, avec la ragougnasse que tu m’as préparée….. etc.

La dialectique pugnace de ces lignes est suffisamment explicite pour épargner au lecteur attentif la fin d’un dialogue qui pourrait troubler la sérénité de certaines âmes sensibles.

L’homme, déjà sage et intelligent, sut profiter des leçons de sa femme pour exercer avec d’autres hommes intelligents ce nouvel art qu’était la parole. Il sut apprivoiser les mots appris puis il en inventa même d’autres, susceptibles de transmettre toute la subtilité au niveau de son ressenti… la psychologie était inventée reléguant les borborygmes féminins à l’histoire ancienne.

On assista à l’épaississement du Larousse illustré en trois volumes, un peu comme un homme trop bien nourri, une véritable boulimie verbale déferlait sur les bas-coteaux, tout était prétexte à parole, on se parlait entre amis, au café, au supermarché, on parlait de politique, de service militaire, de bagnoles, de femmes et puis surtout on parlait de soi.
Alors, nécessité oblige, on inventa les linguistes, les académiciens, les gros mots, les vilains mots, d’aucuns idiotismes, les mots croisés, quelques mots sans définition mais pas encore le mot de la fin.

Des gens moins sérieux, les poètes, s’emparèrent à leur tour des mots pour jouer à saute-rime.

Les politiciens eux, usèrent leurs mandats à perpétrer les mots les plus vides et dénués de sens qu’ils ne se lassèrent de répéter… << Il faut éradiquer le chômage, soutenir la classe laborieuse ! Votez pour moi >> etc.

Le temps s’écoulait et n’ayant rien à dire, les hommes parlaient de tout, souvent de rien, mais pour sûr d’eux-mêmes.

Alors un fait statistico-mathématique vit progressivement le jour, une constatation exempte de toute passion : plus l’homme pratiquait l’acte vocal, plus il semblait que ce qu’il disait avait déjà été dit par d’autres… tout avait-il été dit ?

Bien sûr l’on entendait encore partout des flots de paroles, des médisances de chambres à lessive, des histoires d’amour, mais plus il y en avait de nouvelles, plus elles se ressemblaient car les mots identiques émergeaient des imaginations soi-disant créatrices, seul leur ordre changeait.

La plus bucolique déclaration d’amour ressemblait fâcheusement à son aînée, les prénoms seuls différant.

C’est à cette époque que l’on remarqua que les hommes étaient pressés, trop pressés, toujours à courir, pressés de partir, pressés d’arriver, pressés d’en finir, pressés de parler pour ne rien dire. Force fut de constater que leur langage s’appauvrissait, se réduisant au strict nécessaire, à quoi bon le gongorisme gaspilleur d’un temps devenu si précieux.

En plus de l’indigence du néo-langage, ce qu’il traduisait devenait pesant d’une banalité affligeante, que de lieux communs, pataquès, amphigouris de bas étage !

Or, sans le savoir, l’homme était en train d’expérimenter une des lois de la physiologie humaine : lorsqu’un organe n’est pas utilisé, sa disparition après atrophie est inéluctable.

C’est ainsi qu’après l’ère de la femme causante, il y eut l’homme parlant, puis, ab non-usus, celle de l’homme muet, décadence ultime de la longue histoire oratoire.

Les hommes ne parlant plus, ils s’entendirent mieux, leurs logorrhées verbales cédèrent la place au chant des oiseaux, les pages des dictionnaires tombèrent comme feuilles en automne, les linguistes se desséchèrent sur une langue devenue morte, les femmes s’amuirent et la terre retrouva la joie de vivre…

La douche

Mars 2016

Enfant de la profonde Calabre italienne, Antonio pensait légitimement consacrer l’énergie de ses vingt ans à un travail rémunérateur dans son pays. Débordant de toute la sève de la jeunesse servie par une intelligence pratique, il savait tout faire ou presque.
La période qui suivait la guerre et dont il était issu lui avait épargné l’école, cette institution si nécessaire à l’élaboration de la petite bourgeoisie cultivée. Son école à lui s’était déroulée dans les rues de son quartier. Le seul diplôme qu’il aurait pu exhiber au dos de sa chemise de coton était celui de factotum.
Malheureusement, cette période d’après les hostilités ne favorisait pas le travail, la Calabre se trouvait dans l’incapacité de nourrir ses enfants.
Antonio était l’aîné de quatre frères et soeurs, ses parents décidèrent que c’était lui qu’il convenait d’expatrier vers une terre capable de le nourrir, diminuant ainsi les charges familiales.

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   C’est un beau jour de l’année 1933 que notre jeune et fringant italien prit le train en direction d’un pays de cocagne qui lui, manquait de bras : la Suisse.
C’est un paysan de la campagne bernoise qui l’avait engagé. L’échange de courrier entre les parents d’Antonio et l’employeur avait été succinct, les campagnards ne se perdent pas en futilités

Le père Hans attendait Antonio à la gare, il était resté juché sur son tracteur et l’avisant – son allure ne pouvait tromper – il le salua et l’invita à s’asseoir à son flanc. Le tracteur démarra.
– Tu veux du travail ? Chez moi, tu en trouveras, mais je t’avertis : ce sera pénible, ici la vie n’est pas facile, cinq heures debout, huit au lit, comme les poules !
Non seulement le travail ne rebutait pas Antonio, mais ses muscles affûtés n’attendaient que le moment de prouver leur efficacité. Antonio allait c’était certain, leur montrer ce qu’un jeune Italien savait faire.
Arrivés à la ferme, le patron accompagna Antonio dans ce qui allait être sa chambre pour quelques mois. Trois mètres sur trois, le lit de bois brut se trouvait en face d’une fenêtre… disons plutôt une lucarne. Antonio regarda dehors, il vit la cour, côté Nord. A côté du lit, un vieux lavabo dont le métal émaillé laissait paraître des zones noires. Au-dessus, fixé dans le mur jauni, un robinet au centre duquel une petite pastille bleue annonçait que l’eau froide était la seule disponible.
– Il n’y a pas beaucoup de soleil et la vue manque d’espace, enchaîna le père Hans, mais la chambre est très calme. Tu verras, tu y dormiras très bien

La première nuit fut un peu agitée, Antonio déroula d’étranges rêves de conquêtes et de foin puis il se réveilla comme prévu, à cinq heures. Il se leva, les yeux encore bouffis par le manque de sommeil, passa sur son visage un linge humecté d’eau glacée et descendit dans la cuisine. Un bol de lait accompagné d’une tranche de pain noir composèrent le menu de son premier déjeuner.
La semaine qui suivit se déroula sans encombre, le travail était dur mais Antonio s’attela à la tâche et le patron en parût satisfait.
Le lundi suivant, traversant l’étable Antonio avisa un petit bout de papier vert, juste devant ses pieds. Se baissant pour le ramasser, il constata qu’il s’agissait d’un billet de cinq francs, coupure aujourd’hui disparue. Il le regarda, le plia et le fourra dans sa poche. Le soir venu, la table familiale réunit la famille comme à l’habitude le père Hans juste devant la grande cheminée, sa femme en face, près de la cuisine, à sa dextre, ses deux enfants et en face, Antonio. Signalant sa trouvaille du jour, il extirpa de sa poche le papier valeur, le patron après l’avoir remercié, s’empara du billet qu’il rangea prestement dans son gousset.
Trois jours après, alors qu’il engrangeait le foin dans la grange, Antonio, oh! Surprise vit un autre billet à ses pieds, le même… étrange ! Le même scénario se déroula à la table du souper.
Lorsque, quelques jours plus tard, pour la troisième fois Antonio avisa derechef un billet identique aux autres, son esprit commença à s’échauffer. Le soir venu, il se leva de sa chaise, sortit le billet de sa poche et s’exclama :
– J’ai encore trouvé cinq francs par terre, mais cette fois-çi je le garde pour moi…. ce billet fut le dernier qu’il trouva.

   Deux mois s’étaient écoulés, le travail à la campagne semblait bien convenir à notre ami, un jour le patron s’adressant à lui :
– Antonio, je suis content de toi. Tu travailles bien et tu es un honnête garçon. Tu as remarqué que chaque matin, nous devions tous nous laver à la fontaine devant la ferme, c’est pénible. Il faut aller avec son temps, j’ai décidé d’installer une douche à la maison. Je sais maintenant de quoi tu es capable ! Je te nomme responsable de la construction de cette douche.
Tu vas courir chez le père Helmut. Il te fournira des carrelages, du ciment et un robinet à pastille rouge. Ensuite tu creuseras un trou pour l’arrivée de l’eau, un autre pour la bonde… je te fais confiance, au travail !
Oscillant entre fierté et inquiétude devant l’ampleur de l’entreprise, Antonio se mit à l’ouvrage. Son honneur lui imposait d’être digne de la mission confiée. Le sentiment d’être responsable d’une oeuvre l’excitait.
Il creusa , bétonna, mesura, jointoya, sua, se cassa les ongles, bref, rien ne fut ménagé pour satisfaire au désir de son patron.

Deux mois plus tard, l’oeuvre touchait à sa fin, carrelage bleu du plus bel effet, robinetterie chromée, le tout habillé d’un rideau à fleurs ornaient ce lieu de délices, Antonio avait honoré son contrat, il ne restait plus que l’approbation du maître, mais pas la moins importante..
Le père Antoine appela Antonio et esquissa un geste qu’il n’avait jamais connu auparavant.
Il posa son bras sur l’épaule du jeune travailleur l’entourant de sa bienveillance et ils regardèrent ensemble l’aboutissement d’une idée qui germât trois mois auparavant :
– Antonio, je suis content de toi, tu as bien travaillé, je te félicite, je ne pensais pas que tu serais capable de cela, bravo ! Je considère que tu es le créateur de cette douche, grâce à toi, nos réveils ne seront plus gâchés par des ablutions glacées, nous nous lèverons et nous laverons avec plaisir. Alors se tournant vers Antonio empreint d’une fierté émue, il ajouta :
Je te dois une récompense. Tu auras droit à la première douche, c’est mon cadeau.

Bien sûr un peu d’argent eût sans doute été bienvenu mais il y a certaines phrases qui valent tout l’argent du monde.

Le lendemain matin, Antonio se leva plus tôt que l’habitude, un peu nerveux, il se dirigea vers l’objet de ses compétences, Pourvu que tout fonctionne bien, se dit-il en pénétrant dans la douche. La pomme, large et généreuse juste au-dessus de lui envoya une pluie bouillante sur son corps encore endormi, il y avait longtemps qu’il n’avait été si heureux, comme un baume effaçant trois mois de dur labeur. Le temps du bonheur est toujours trop court, il fut brutalement réveillé de sa béatitude par son patron martelant le mur de son poing : Eh ! Antonio, n’as-tu pas bientôt fini… c’est mon tour maintenant !

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Comme annoncé, voici le premier texte :

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Mais où sont passés les muscles d’antan ?      février 2016

 Bébé a débarqué au royaume de ceux à qui il ressemblera bientôt ! Etre de chair et d’étrons, il ne le sait pas encore mais sa vie ne sera qu’un long et douloureux combat, combat pour devenir un enfant obéissant puis un jeune homme bien élevé et finalement un bourgeois cultivé, mais il sera confronté à une autre bataille plus sournoise qui ne le laissera tranquille que l’espace de quelques années, le combat pour d’abord acquérir, fortifier, aiguiser, surdimentionner et enfin conserver jusqu’à la mort : Les muscles.

Agé d’à peine un printemps, notre bambin découvre qu’il a des jambes qui ne servent à rien. Encouragé par ses géniteurs admiratifs et bienveillants, il apprendra que ces deux appendices à pieds peuvent lui permettre d’élever son niveau de vie pour attraper tous les bibelots interdits entreposés sur les petits meubles, il se rendra aussi à l’évidence que ces jambes le porteront rapidement hors de portée de sa maman. La découverte de ce nouveau moyen de locomotion bipède ne se fait, on l’imagine, pas aisément, il implique chutes et pansements sur le nez ou le front. Mais à l’instar de tout apprentissage, tout vient à point à qui sait travailler. C’est ainsi que bébé va rapidement utiliser ses jambes à satisfaction, ses muscles étant alors considérés comme aptes à fournir la tâche qui leur est normalement assignée, d’abord se tenir debout puis marcher, enfin courir, dans des occasions plus exceptionnelles pour le coup de pied au cul.
Quelques dernières chutes plus tard, le petit devenu écolier va obligatoirement fréquenter les salles de gym.
– A l’école, quelle est la branche que tu préfères ? Immanquablement l’écolier annoncera de sa voix claire : La gym ! Lors de ces intermèdes sportifs on va lui apprendre qu’il est nanti d’une foule d’autres muscles du plus bel effet qu’il est séant de modeler en vue des services innombrables qu’il fourniront. Alors les abdominaux, fessiers et autres triceps seront malaxés étirés, torturés… T’as vu mes biceps ? Touche ! Pas mal, non ?
Des revues exhibant de merveilleux mâles touts de muscles et de finesse, des bodys builders comme on les appelle ne manqueront pas de confirmer ses soupçons : Le muscle est beau ! Il n’est aucun doute qu’un muscle beau et sain assure une âme saine itou.

Le dès lors jeune homme pas mal foutu de sa personne sera repéré par quelques filles de bon goût et par les prédateurs sportifs.
– Avec les muscles que tu possèdes, tu devrais te lancer dans la compétition ! Lutte pour des résultats toujours meilleurs, tu chercheras tes limites puis tu les dépasseras, tu dépasseras par la même occasion les potes qui seront pour l’occasion des ennemis à battre, ton arme fatale sera le chrono. Ah ! Tu ne sais pas le bonheur de gagner ! D’être le premier ! De franchir la ligne d’arrivée en vainqueur, le vainqueur d’une bataille sans merci ! … Et de recevoir une médaille accompagnée des honneurs réservés aux héros.
Bien sûr, l’accession aux prestigieux podiums nécessite travail et volonté, beaucoup de travail, beaucoup de volonté !
Et voici notre athlète répétant sempiternellement les mouvements idoines, toujours les mêmes, sous l’œil d’un tyran nommé pour l’occasion entraîneur.

Malheureusement la recherche forcenée du résultat toujours meilleur, notre jeune aspirant champion se rendra rapidement compte que d’autres, beaucoup d’autres nourrissent les mêmes ambitions. Certes, il exhibe de beaux muscles aiguisés, naturellement, il court beaucoup plus vite que ses frères mais sur le ring des hostilités, l’affaire est tout autre. De la formule : Il suffit de vouloir pour pouvoir qui ponctuera ses débuts il glissera insensiblement vers une autre : L’important, c’est de participer

C’est alors que notre presque champion va découvrir, l’âge venant, qu’il faut aussi travailler pour gagner cette fois, sa vie. Il travaillera donc à son bureau, mangera trois fois par jour et abandonnera progressivement les terrains de sport. On lui assurera que force volonté et travail, il est probable qu’il gravisse les échelons de la hiérarchie professionnelle.
Après les heures du travail nourricier, il fréquentera les restos le soir avec les amis, il se désaltèrera volontiers à la bière et… découvrira un matin de désespoir qu’il a pris du ventre…
Il peut encore s’enorgueillir d’une plastique avantageuse mais le terme n’est pas trop fort, elle est disons… enrobée… quel horrible vocable.
Là où ne saillaient que muscles galbés à fleur de peau, aux endroits où s’inscrivait en relief son statut de sportif, quelques concressions graisseuses le scandalisent.

Après un laps de temps visant à opérer le deuil habituel, le spectacle de son corps au sortir de la douche lui devient insupportable. Sans oublier sa compagne qui à l’occasion de leurs derniers ébats saisit un bourrelet lui annonçant tout de go : – Ben dis donc ! Tu prends de la bouteille !
– Tu ne t’es pas regardée rétorque-t-il d’un ton peu sympathique et dicté par l’orgueil blessé et dépassant largement sa pensée.

Sur le trajet menant au travail, il a depuis longtemps remarqué l’un de ces salons où l’on paie pour faire des exercices stupides dans une ambiance de transpiration et de musique spasmodique scandée par une voix de maquerelle débile en colère qui ne sait compter que jusqu’à 7… 1,2,3,4,5,6,7… et 1,2,3,4,5,6,7… etc.
Notre héros veut à tout prix ne pas perdre tout le bénéfice des exercices passés. Il a 25 ans, cela est déjà un peu tard mais encore possible. Alors il s’engage dans l’exercice de cette gymnastique débilitante et il fallait s’y attendre, il va rapidement espacer ses visites à la salle de gym au profit de sorties avec les copains pour une bouffe.

Dix ans ont passé, les muscles d’antan ont disparus sous une enveloppe certifiant l’ascension sociale méritée et confinant à l’acceptation de la situation : Les muscles ont disparu… probablement à tout jamais !
Alors, d’un commun accord quelques-uns uns de ses anciens potes de sport décident d’organiser une grande marche, histoire de prouver que tout n’est pas perdu… Le chant du cygne, en quelque sorte.

Les courbatures : Voici une autre découverte effrayante dont il ne va pas tarder à faire les frais. Les efforts musculaires qui jadis s’exerçaient à la demande et sans difficulté, aujourd’hui, ils invalident sérieusement le bonhomme. Rentré de la dite course, les trois jours suivants s’apparentent au supplice : les courbatures.

Une visite chez le généraliste confirmera à l’angoissé la réalité inextinguible : il faut reprendre les exercices de gymnastique mais très doucement, lentement, sans forcer… mais… en somme, des exercices de vieux ?
Quelques rares excès musculaires seront encore tentés et immédiatement sanctionnés par la bête noire désormais bien connue : la courbature.
C’est ainsi que l’on entendra volontiers notre victime vieillissante affirmer ne plus avoir aucune envie de s’abêtir à la pratique de ces sports stupides et dangereux pratiqués par des jeunes ayant bien peu de choses dans la tête.

Encore quelques années et notre ex-sportif ralentira sa démarche devenue claudicante, peinera à lacer ses chaussures et sortira de son lit au matin, perclus de douleurs qui ne disparaîtront qu’à coup d’antalgiques comme indiqué sur l’emballage des anti-douleurs.

Et notre vieillard un jour ne pourra plus se lever, le moindre mouvement lui coûtera fortune, ses muscles ne répondront plus à la sollicitation.

L’aïeul sera redevenu, après un parcours vain et volontaire, un bébé de cent ans, de chair et d’étrons, la mémoire vide et le muscle défunt.

4 thoughts on “Autres textes

  1. Intéressant cher Jacques … la vie est une source de découverte .., qu’elle soit claire au brumeuse, on y trouve ce que l’on cherche …

  2. Tout le monde sait que l’univers des vieux est de plus en plus étroit ! JM
    de plus il y a des vérités qui fâchent ! Surtout ceux qui n’ont pas le courage de s’identifier !

  3. quel ésprit etroit mais on peut comprendre vu votre àge

    quel etroitesse d.esprit mais on peut comprendre ….vu votre àge. ..

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